01 août 2008

Strassen Feger, journal de rue ouvert à tous

strassen china.jpeg « Voulez-vous le nouveau Strassen Feger ? C'est 1,20 euro ». Journal bimensuel, Strassen Feger est distribué dans la rue, aux terrasses des cafés ou à la sortie des supermarchés, par des personnes sans domicile ou en situation très précaire. A l'intérieur, des articles sur l'actualité nationale et internationale, et sur l'actualité des plus pauvres. Ainsi le premier numéro paru juste avant les Jeux olympiques était consacré à la Chine, mais aussi à la vie des SDF à Saint-Petersbourg. De même en juin, pendant l'Euro de football, beaucoup d'articles furent consacrés au ballon rond. L'un d'eux indiquait que Milan accueillera la coupe du monde de football des SDF en 2009 (2). Dans chaque numéro, il y a aussi une rubrique sur « Hartz 4 », aide sociale minimum, afin que les lecteurs sachent dans quelles conditions cette aide peut être touchée et quels sont les droits et devoirs des bénéficiaires.

Un minuscule encart dans le journal indique que la rédaction se réunit chaque mardi à 17 heures et qu'à cette occasion, ses locaux  de Prenzlauer Berg (3), sont ouverts à tous, journalistes, SDF et lecteurs. Situé dans la cour d'un immeuble, le local de « Strassen Feger » n'est qu'un maillon de la chaîne mise en place par l'association « mob e. V. » pour aider les sans-domicile à « s'aider eux-mêmes ». Ainsi le bureau des quatre journalistes investis dans le bimensuel fait face à un petit café à prix minimes, le « Kaffee Bankrotte ». (4)  Un autre espace de l'immeuble est occupé par une brocante, où les personnes en situation précaires peuvent venir chercher des meubles en bon état, déposés par des personnes qui n'en ont plus besoin. L'association gère également, dans un autre quartier de Prenzlauer Berg, une structure d'hébergement.

Conférence de rédaction ouverte à tous

Chaque semaine, les personnes qui assistent à la réunion sont accueillies avec sourire, thé et pâtisseries. La conférence de presse, beaucoup plus longue que dans un quotidien (deux bonnes heures), laisse la parole à tous. Les journalistes proposent le thème central des journaux à venir, ainsi que les articles qui l'alimenteront. Autour de la table, les bénévoles et les sans-domicile qui participent à la rédaction donnent leur avis. D'autres, venus juste boire un café, écoutent d'une oreille attentive et font quelques remarques.

Le journal, fondé en 1994, « ne touche aucune subvention. Il vit de ses ventes », assure Andreas Düllick, journaliste à mi-temps au bimensuel et pigiste pour d'autres parutions. « Strassen feger » paraît 26 fois par an et chaque numéro est vendu à « 22 000 exemplaires en moyenne ». Un tiers des ventes (soit 40 centimes par journal vendu 1,20 euro) financent les frais de production du journal (impression, locaux, rétribution des journalistes). Les deux tiers restant rémunèrent les vendeurs. L'association touche néanmoins quelques aides indirectes, par le biais des travailleurs embauchés en contrats aidés. Il y a également régulièrement des stagiaires.

Bouche-à-oreille

Comment devient-on vendeur de « Strassen Feger » ? « Par le bouche-à-oreille. Les vendeurs qui rencontrent des SDF leur parlent de ce job et certains viennent nous voir », constate encore le journaliste. Parfois, il y a des tensions entre les vendeurs nouvellement arrivés et les anciens. « Peur de la concurrence, de l'inconnu, de la différence, les difficultés rencontrées par les gens investis pour Strassen Feger sont à l'image de la société », constate Andreas Düllick.

Ce job a été pensé selon la démarche de l'association : aider les personnes en grande précarité à s'en sortir par eux-mêmes, à rester dignes et indépendants. Les vendeurs travaillent au rythme, aux horaires et dans les lieux qu'ils veulent. Le nombre de journaux qu'ils prennent est inscrit sur une feuille. Et quand ils ramènent la recette, leur bénéfice leur est versé : 80 centimes par journal. En revanche, quelle est leur couverture sociale et leur assurance, vu qu'ils ne signent pas de contrat de travail ? Peut-être est-ce pris en charge dans le cadre de Hartz IV. En revanche, les vendeurs signent une sorte de charte, dans laquelle ils s'engagent à respecter les règles mises en place par l'association : par exemple, ne pas insulter les acheteurs potentiels, ne pas vendre de journaux ivre ou encore ne pas vendre de journaux dans le métro.

Vendeurs comme SDF sont durs à dénombrer

Impossible de savoir combien de vendeurs travaillent pour le journal. Certains ne viennent qu'une fois. D'autres sont là depuis des années, voire depuis la création du journal en 1994. Une telle longévité n'est-elle pas un échec pour les concepteurs du bimensuel ? « Non, car nous avons créé ce dispositif pour aider les gens à s'en sortir par eux-mêmes. Mais ils restent responsables et libres. Nous pouvons leur apporter une aide juridique, sociale ou psychologique et les aiguiller vers des professionnels dans ces domaines. Cependant nous ne sommes pas des travailleurs sociaux, mais des journalistes avant tout », insiste encore Andreas Düllick.

Le nombre de personnes sans toit à Berlin, ville de 3 millions d'habitants, n'est pas comptabilisé précisément. Le recensement est difficile à effectuer et la définition d'un sans logis l'est aussi. Faut-il compter seulement les gens qui dorment dans la rue ? Ou également ceux qui naviguent entre amis, hôtels et hébergements d'urgence ? Au final, ils seraient entre 6000 et 12 000 Berlinois à ne pas avoir de toit. Les personnes impliquées dans l'association mob e.V. ont l'impression, eux, que le nombre de personnes qui ne savent où loger augmente. « Depuis trois ans, toujours plus de personnes viennent frapper à la porte de notre association. Notre centre d'hébergement est toujours plein. Aux vendeurs du journal, nous ne demandons pas leur situation exacte. Certains ont un logement, mais vivent dans une grande pauvreté », estime Andreas Düllick.

(1) : « Strassen »: « rue » et « Feger »: « personne de caractère ». Deux autres journaux créés pour aider des personnes en précarité existent à Berlin: « Motz » (râleur) et « Stütze » (béquille).

(2) : www.homelessworldcup.org

(3) mon quartier ;-) . Le journal se situe très exactement Prenzlauer Allee 87.

(4) "Café Banqueroute" !

 

 

25 juillet 2008

Obama à Berlin : ce que la presse n'a pas dit

Plus de 200 000 personnes se sont déplacées pour voir et entendre Barack Obama de passage hier à Berlin. Sans surprise, sa venue fait la Une de toute la presse allemande ce 25 juillet. Tandis que le "Tageszeitung" s'attarde sur les projets de politique étrangère du candidat, le "Tagesspiegel" relate aussi sa rencontre avec Angela Merkel à la chancellerie, tandis que le "Bild Zeitung", tabloïd préféré des Allemands, avait dépêché une reporter pour suivre l'Américain dans un fitness club berlinois. La journaliste en a rapporté cette information capitale, qui figure d'ailleurs en couverture du quotidien : Obama "peut soulever des haltères de 32 kilos". Vive l'investigation !

A vrai dire, cela fait 15 jours que la venue de Barack fait les gros titres des journaux de Berlin. Depuis début juillet, tous les journalistes de la capitale sont sur le pied de guerre pour savoir quand il viendra exactement, dans quelles conditions, avec quel budget, voir qui, dire quoi et surtout où le dire.

Du suspense jusqu'au bout

 

Le lieu du discours a en effet tenu la capitale en haleine pendant 10 jours, tandis que l'arène politique se chamaillait. La chancelière (CDU) s`opposait à un discours devant la porte de Brandenbourg, traditionnellement réservée aux chefs d'état. Klaus Wowereit, le maire de la capitale (sous coalition de gauche), assurait que c'était à lui d'en décider. L'équipe du candidat à la présidentielle américaine, soucieuse d'éviter un incident diplomatique tout en souhaitant un lieu symbolique, cherchait des alternatives. La Gendarmenmarkt ? L'aéroport de Tempelhof ? La place de la Siegesäule ?

 

Ou carrément une autre ville? La veille du discours tant attendu, alors que 700 policiers étaient déjà déployés dans tout Berlin, la rumeur circulait dans la rédaction du "Tagesspiegel" que Barack Obama aurait finalement renoncé à Berlin et opté pour la petite ville de Trêves. Mais cette crainte ne se confirma pas et le représentant des Démocrates étasuniens fit finalement son discours à Berlin, place de la "Siegesäule" (1), dans l'axe de la porte de Brandenbourg.

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Bières et business

Jeudi 24 juillet, le discours du candidat américain est attendu à 19 heures. C'est donc dès le début d'après-midi que l'avenue du 17 Juin, qui relie la Porte de Brandebourg à la Siegesäule, commença à se remplir. Des Démocrates convaincus incitent les Américains résidant à Berlin - environ 20 000 -à s'inscrire à l'ambassade pour pouvoir voter en novembre prochain. D'autres vendent des accessoires à l'effigie de leur représentant. Il est ainsi possible d'acheter un gros pins "Obama 08" pour la modique somme de 4 euros ou alors un T-Shirt beaucoup plus cher, flanqué d'un slogan au goût douteux, "Obama - Global tsunami of change".

Les vendeurs de bière-et-de-hot-dogs-trois-fois-plus-chers-que-d'habitude n'auraient, eux non plus, raté ce rendez-vous pour rien au monde. La bonne odeur de barbecue, le soleil et le ciel azur donne des allures de fête foraine à ce grand rendez vous. L'ambiance est bon enfant. Étudiants et touristes sont là. Ça sent les vacances.

Cependant dans les derniers 300 mètres qui sépare la foule de la scène aménagée pour l'occasion, l'atmosphère se crispe un peu. Des contrôles de sécurité à faire pâlir les aéroports internationaux sont mis en place. Chacun doit vider entièrement son sac à main et ses poches. Cela prend des heures. Femmes enceintes ou avec poussettes doivent attendre comme les autres dans la bousculade et sous un soleil de plomb. Au final, seul un petit quart des spectateurs franchissent le sésame. Les autres auront le choix entre un Barack de 60 centimètres á l`oeil nu et un Obama de 3,20 mètres sur écran géant. Mais avec permission de garder sa bière à la main.

English sinon rien

19h15. Quelques minutes après l'heure annoncée, Barack Obama arrive enfin. En costume sombre, souriant et certain de son charme, il marche jusqu`au pupitre. Longuement acclamé, il remercie aussi longuement la foule et les organisateurs. Le discours commence enfin. En anglais. Et seulement en anglais. Pas le moindre sous-titre sur les écrans géants, mais un son qui arrive en différé de l'image et un écho gênant. Les spectateurs non bilingues ont ainsi attendu près de trois heures pour comprendre un mot sur quatre de l'allocution.

Avant d'aborder les relations entre les Etats-Unis et l'Europe, la question de l'Afghanistan et du nucléaire, le candidat démocrate retrace longuement l'historique du blocus aérien de Berlin Ouest en 1948. Comme si les Berlinois ne connaissaient pas cet épisode de leur histoire.

Après un discours bien rythmé, sans prompteur ni notes, Barack Obama, parfait orateur, repart comme il est venu, certain de son pas et de son sourire. Totalement maître de sa communication et de son image. Presque trop. Cette intervention d'une demi heure devant plus de 200 000 personnes n'a laissé transparaître aucune émotion, aucune spontanéité.

(1) : La Siegesäule ou "colonne de la victoire" symbolise la victoire de la Prusse sur la France en 1870. En 1945, les Français qui occupaient une partie de Berlin, voulaient détruire ce mémorial humiliant à leurs yeux. Refus catégorique des Américains, qui les autorisèrent néanmoins à planter leur drapeau quelques temps au sommet de la colonne.

30 juin 2008

Les hommes-barbecue sur le grill

Postés sur des sites touristiques ou de forte affluence, ils sont repérables de loin, avec leur petit parapluie orange au-dessus de la tête et leur gros barbecue en bandoulière. Inconnus en France, les « hommes-barbecue » font partie intégrante du décor berlinois. Du matin au soir, par tous les temps, ils vendent des hot dogs allemands. La recette est simple. Un petit pain coupé en deux, une immense saucisse de Thüringe de 21 cm et 85 grammes, moutarde ou ketchup. Le tout pour 1,20 euro.

Sur l'Alexander Platz, un « homme-barbecue » installé stratégiquement à la sortie d'une bouche de métro n'a pas une minute à lui. Même en plein après-midi. Les clients arrivent par vagues, au rythme des trains. Il lui faut préparer en un temps record son hot dog, tout en ayant un mot affable pour le client, un oeil sur les 20 autres saucisses qui dorent sur son grill, une main dans la poche pour rendre la monnaie et un « merci » à son collègue qui vient de le ravitailler en petits pains, dans un espace situé juste derrière le barbecue.

"L'homme-barbecue" cuisine sur un grill portatif, retenu par deux grosses sangles sur les épaules, et protégé par une vitre pour éviter d'éclabousser le client. Dans le dos, il a une charge de gaz. Vide, l'ensemble pèse « 15 kilos », selon Grill-Walker, la société qui a déposé en 1998 un brevet pour cette invention. Avec le gaz et les victuailles, le poids s'élève à « 25 kilos », selon les intéressés.

 

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« Hier, j'ai eu un peu mal au dos, mais aujourd'hui, ça va », estime un homme de Grill Walker. « Pour le moment ça va, je suis encore jeune. Mais peut-être que plus tard... », confie un autre. « Les travailleurs passent un examen médical chaque année. Pour le moment, le médecin n'a décelé aucun mal de dos », affirme Grill Walker, qui gère l'exploitation aujourd'hui de « 24 grills en Allemagne, dont 10 à Berlin ». Néanmoins, un projet de grill plus léger (« 8 kilos vide ») est à l'étude. Il pourrait être prêt d'ici 4 à 6 mois.

En attendant, les travailleurs s'organisent pour ménager leur dos et leurs jambes. Selon Grill Walker, ils travaillent en binôme, afin de se relayer et peuvent « travailler autant de temps qu'ils le veulent dans la limite de 4-5 jours par semaine ». Sur le terrain, ça ne se vérifie pas toujours. L'un m'a dit travailler 6 jours sur 7, 10 heures par jours, en alternant toutes les deux heures, avec son binôme. Un autre travaillait sans acolyte.

Le nombre d'heures et les conditions de travail des « hommes-barbecue » n 'est pas très clair. D'autant que leur statut ne l'est pas non plus. Ceux que j'ai rencontrés m'ont tous dit être « salariés » et non « indépendants ». En même temps, le système mis en place par Grill-Walker stipule, sans répondre apparemment à tous les critères d'un système franchisé, que l'homme-barbecue loue son grill portatif. 400 euros par mois. Soit 334 hot dogs.

 

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Les "femmes-barbecue" sont bien représentées sur le site Web de Grill Walker. Personnellement, je n'en ai jamais rencontrées.
Quant au prix des hot dogs, il varie selon les lieux
(jusqu'à 4 euros dans les stades de foot)

 

Combien de sandwichs sont-ils vendus par jour ? « C'est top secret », me répond l'un, jaloux de ses performances. Selon d'autres vendeurs, plus bavards, cela varie en fonction du temps. « Les saucisses ont plus de succès quand il fait froid », constate l'un, qui estime écouler entre «  entre 150 et 400 » sandwichs par jour. La fourchette varie de « 200 à 300 » pour l'autre.
Mais quel salaire cela fait-il à la fin du mois ? Là encore, ce n'est pas très clair. L'un des vendeurs assure que le « minimum est de 50 euros par jour » et visiblement, il y aurait une prime ou une commission à partir d'un certain nombre de saucisses vendues. Grill Walker ne veut donner aucun revenu, mais assure que les hommes-barbecue « gagnent assez pour louer leur grill et partir en vacances ». Sur son site Web, la société évalue le prix de revient d'une saucisse à 0,86 euro. Donc, le gain réalisé par hot dog vendu à 1,20 euro (soit 1,11 euro sans la TVA) est de 25 centimes.

Ainsi, un homme-barbecue qui vend 200 saucisses par jour, et cela 20 jours par mois, gagne donc 1000 euros mensuels, dont il faut déduire 400 euros de loyer pour le grill. Même si la vie à Berlin est moins cher qu'à Paris, les fins de mois doivent être difficiles.... à moins d'allonger les journées et de travailler tous les week-end.

10 juin 2008

Retour sur 20 ans d'évolution des négociations sociales en Allemagne

Entretien avec Olivier Giraud, politologue et chargé de recherche au CNRS, rattaché au centre Marc Bloch et au centre de recherches en sciences sociales WZB, tous deux à Berlin (*). Il collabore également au CERFA (centre d'études des relations franco-allemandes) de l'IFRI (Institut français de relations internationales).

Depuis l'automne 2007, les relations conflictuelles entre employeurs et employés des services publics semblent se multiplier (jardins d'enfants, transports publics, voiries...), avec des négociations qui n'aboutissent pas et des grèves à répétition. Est-ce un phénomène nouveau ?

Olivier Giraud : Les syndicats ont mené une stratégie de modération salariale pendant près de 10 ans. Aujourd'hui, l'Allemagne connaît une croissance solide, donc ils rompent avec cette stratégie de modération et font part de leurs revendications. Face à celles-ci, les employeurs réagissent très différemment dans le secteur public et dans le privé.

Dans le privé, les négociations ont abouti sans trop de difficultés, car les entreprises font des bénéfices. Les grèves d'avertissement (« Warnstreike ») ne se sont pas enlisées, n'ont pas dégénéré, et les salariés ont obtenu des hausses de salaires significatives. Par exemple, en février 2008, le syndicat IG Metall a signé un accord régional (Nord-Ouest) avec les employeurs de la sidérurgie, actant d'une amélioration de 5,2% des salaires et d'une prime exceptionnelle de 200 euros pour 85 000 ouvriers. Cet accord, qui doit être étendu à toute l'Allemagne (et donc concerner 20 000 salariés de plus), représente la plus forte revalorisation salariale depuis 15 ans dans la sidérurgie.

Dans le public, les gains de productivité réalisés par les employés de ce secteur, sont contestés par le gouvernement en place. L'argument politique actuel est de considérer que les services publics ne génèrent pas de gains et sont financés par l'impôt. Augmenter les salaires des travailleurs du public amène, selon cette logique, à augmenter les impôts des contribuables. Par ricochet, cela pèse sur la consommation et donc sur l'emploi. Il est faux de dire que les services publics ne génèrent aucun gain de productivité, puisque les services administratifs se sont rationalisés, via l'informatique et les nouvelles technologies, comme dans le privé. Mais dans certains secteurs publics, les gains de productivité sont plus difficiles à voir : éducation, voiries, transports publics. Et l'on constate que ce sont surtout dans ces secteurs là qu'il y a des tensions aujourd'hui. La différence entre les deux secteurs tient davantage à la différence de résistance des employeurs qu'aux capacités de mobilisation des syndicats.

Les augmentations de salaires obtenues dans le privé compensent-elles les années de modération salariale ? Quel était, pendant cette période, qui s'étend de la fin des années 90 à la fin des années 2000, l'état du dialogue social ?

Non, les hausses de revenus obtenues dernièrement ne compensent pas la perte de pouvoir d'achat subie par les salariés pendant les années 1990, notamment par les moins qualifiés dans le secteur public : la perte est de l'ordre de 2 points annuels sur les dix dernières années. Pendant ces années rendues difficiles par le coût de la réunification allemande (1990), les syndicats du secteur public ont joué le jeu de la modération salariale au côté du secteur privé. Il y avait l'idée d'un mouvement coordonné et solidaire. Ainsi la situation des deux secteurs était homogène pendant cette période, alors qu'elle est très différenciée aujourd'hui.

Face à un taux de chômage élevé à cette époque, les syndicats du privé se battaient surtout pour maintenir le taux d'emploi, via des dérogations aux accords de branches professionnelles. Dans le secteur public, bien qu'il n'y ait pas que des fonctionnaires, les travailleurs ont été moins touchés par ce type de mesures. Mais aujourd'hui, les négociations dans les services publics achoppent, car l'Etat demande que la hausse de salaire réclamée par les syndicats s'accompagne d'une hausse du temps de travail. Ce que les syndicats du public refusent.

Les années de modération salariale ont-elles modifié le paysage syndical allemand et les règles de la négociation ?

Les négociations entre patronat et syndicat s'effectuent à deux niveaux. Les questions de temps de travail, de salaires et de formation sont discutées par branches professionnelles. Les questions d'organisation et de conditions de travail sont négociées par entreprises. Mais la réunification allemande a profondément bouleversé la structures de négociations du pays, et donc modifié les rapports de force. Après la chute du mur, les différences de salaires et de niveaux de vie entre Allemands de l'Est et de l'Ouest étaient considérables.

L'objectif était donc de parvenir à un alignement progressif des salaires de l'Est sur ceux de l'Ouest. Des négociations ont eu lieu, mais comme l'économie de l'ex-RDA n'était pas encore privatisée, ce sont le patronat et les syndicats de l'Ouest qui ont négocié pour les acteurs de l'Est. Au final, les salaires des travailleurs de l'Est devaient rattraper ceux de l'Ouest en 3,5 ans, alors que le différentiel de productivité était de 70% en défaveur des entreprises de l'ex-RDA. C'était trop ambitieux. D'ailleurs, l'égalité des salariés, si elle a très vite progressé au début, n'est toujours pas totalement atteinte aujourd'hui.

Le rattrapage salarial était négocié par branches professionnelles. Les entreprises de l'Est qui ne pouvaient suivre les hausses négociées ont commencé à sortir des conventions collectives. Le mouvement fut de plus en plus massif. Des entreprises de l'ouest, notamment des PME et des entreprises rachetées par les Etats-Unis ou le Japon, ont commencé à faire de même. Dès lors, la force de frappe des syndicats et la protection des salariés s'en sont trouvés fortement amoindris. D'autant que la régulation publique, en Allemagne, est assez faible, donc les salariés d'entreprises «électrons libres» sont assez peu protégés.

Pour éviter des sorties massives des conventions collectives, les syndicats ont accepté une série d'accords dérogatoires à partir du milieu des années 90. Par exemple, des « clauses d'ouverture », selon lesquelles une entreprise peut suspendre, si elle est en difficultés, l'application des tarifs négociés par les acteurs de la branche. Autres exemples : des accords signés aux niveaux des entreprises sur des sujets autrefois discutés au niveau des branches ou encore, des accords différenciant les conditions de salaires selon les régions. Aujourd'hui, la sortie massive des conventions s'est stabilisée. A l'Ouest, 40% des entreprises en font partie, soit un peu plus de la moitié des salariés, ce qui représente une chute sévère si on se réfère aux années 1990.

Cette décentralisation des négociations a entraîné un éclatement et une différenciation des statuts et des traitements des salariés. Cette tendance était en outre renforcée par la politique menée par les Länder, en concurrence pour attirer les travailleurs, via une politique de formation professionnelle attractive.

Cette évolution du système de négociations explique-t-elle les revendications des syndicats et partis de gauche (SPD y compris) à l'instauration d'un salaire minimum national ? Est-ce une forme de reconnaissance par les syndicats d'une incapacité du système d'aujourd'hui à fonctionner ?

Oui, c'est une manière de reconnaître que le système tel qu'il a évolué ne fonctionne plus très bien. D'autant que nombre de services publics ont été ouverts à la concurrence du privé. Le dernier en date, La Poste, s'estime en concurrence déloyale, dans la mesure où les entreprises concurrentes qui se sont créées n'ont pas adhéré à l'accord de branche auquel elle est soumise. Elles paient donc des salaires très largement inférieurs à ceux de La Poste.

Aujourd'hui, les très faibles salaires sont compensés par l'ALG2 (**), qui indemnise les pertes de gains et joue ainsi un role équivalent à la prime pour l´emploi en France. Donc en quelque sorte, l'Etat finance des prestataires privés, qui parfois lui font concurrence. C'est illogique. Pour cette raison, le SPD est favorable à un salaire minimum national, car il considère que l'Etat n'a pas à subventionner les entreprises. La CDU, en revanche, est contre. Pour elle, ce minimum légal va créer du chômage, du travail au noir. Les Verts se posent la question. Ils voudraient que ce salaire minimum soit accompagné d'une exonération de charges pour les employeurs, afin de baisser le coût du travail, notamment du travail à faible valeur ajoutée. Pour le moment, un salaire minimum a été négocié dans trois secteurs professionnels : la Poste, le bâtiment et le nettoyage industriel.

(*) WZB : Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung.

(**) ALG : Arbeitslosengeld.

21 mai 2008

Le Philharmonique sauvé des flammes

 

        Grosse frayeur hier à Berlin : le Berliner Philharmoniker, salle de concerts classiques, dont l'acoustique est l'une des plus réputées au monde, a pris feu dans l'après-midi. Ce n'est pas un musicien, mais un passant qui a donné l'alerte à 14 heures, remarquant un épais nuage de fumée s'échapper du toit.

        J'étais d'ailleurs moi-même dans le bâtiment à cette heure là, car la Philharmonie donne, chaque mardi à l'heure du déjeuner, un concert gratuit dans son hall d'entrée. Comme chaque semaine, près de 1000 personnes – étudiants, retraités, employés en pause déjeuner, familles avec enfants, touristes - avaient envahi les lieux pour écouter les artistes du jour. Et c'est en sortant tranquillement du concert que j'ai découvert la fumée, sous les sirènes hurlantes des véhicules de police et de pompiers, qui arrivaient en trombe. Quelques minutes plus tard, le quartier était quadrillé. Mais les quelque 100 pompiers mobilisés n'ont maîtrisé les flammes que vers 20 heures.

 

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        Plus de peur que de mal au final, car l'établissement était presque vide au moment de l'incendie. Le « Lunch Konzert » du mardi venait de se terminer et la répétition du « Te Deum » de Berlioz, avec orchestre et chorale de 600 personnes (dont 400 enfants) devait commencer plus tard dans l'après-midi. Les musiciens présents dans les lieux ont donc eu le temps d'évacuer le Philharmonique, de sauver leurs précieux instruments et ceux de leurs collègues. La salle des archives de partitions et le musée d'instruments de musique ont aussi échappé aux flammes. Mais la grande salle de concert, désormais sans toit, et un peu endommagée par les centaines de litres d'eau déversés par les pompiers, est inutilisable.

        Le « Te Deum », qui doit être joué trois fois ce week-end sous la baguette du célèbre chef d'orchestre italien Claudio Abbado, n'est pas annulé. Reste à trouver une salle suffisamment grande pour accueillir l'orchestre et le choeur, ainsi que les milliers de spectateurs attendus.

 


 

03 mai 2008

Une rue au nom de Rudi Dutschke

 

Le panneau a été accroché la veille du 1er mai. La «Kochstrasse» s'appelle désormais officiellement la « Rudi-Dutschke-Strasse », du nom d'une des figures de la révolte de la jeunesse ouest-berlinoise en 1968. Etudiant en sociologie, marxiste et leader du SDS (1), fédération des étudiants socialistes allemands, Rudi Dutschke a été grièvement blessé lors d'un attentat à son encontre le 11 avril 1968.

Beaucoup de Berlinois estiment que l'assassin aurait été fortement influencé par les appels à la répression contre les agitateurs de Berlin lancés par le groupe de presse Axel Springer, farouchement anti-communiste.

 

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Berlin, 1er mai 2008

 

Quant il a été proposé de renommer la « Kochstrasse », rue qui fait l'angle avec la « Axel-Springer-Strasse », où siège le groupe de presse éponyme, celui-ci s'y est opposé, tout en prenant soin de changer d’entrée principale, jusqu’alors située « Kochstrasse ». Après trois ans de polémique et de bataille juridique, un tribunal administratif a rendu sa décision en avril dernier et autorisé le changement de nom.

En 1968, l'Allemagne de l'Ouest est, comme la France, secouée par un mouvement de contestation de la jeunesse. Mais « en RFA, et tout particulièrement à Berlin, il existe une mentalité anticommuniste militante », analyse le sociologue Jean-Pierre Le Goff (2). « L'hostilité est forte contre les étudiants contestataires, dont on estime qu'ils font le jeu des "rouges" ou sont manipulés par eux. Les journaux du groupe Springer entretiennent un climat de haine contre les manifestants ». « En août 1967, des passants, des chauffeurs de taxi insultent et agressent ces derniers. Après la manifestation "anti-impérialiste" organisée par le SDS en février 1968 (3), qui réunit 15 000 personnes à Berlin, de nombreux Berlinois en appellent à l'emploi de méthodes expéditives. Trois jours plus tard, une contre-manifestation des syndicats et des partis rassemble dans cette même ville plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le journal « Bild Zeitung», du groupe Springer, écrit : "on n'a pas le droit de laisser le gros ouvrage à la seule police et à ses lanceurs d'eau" ».

 

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Berlin Ouest, 17 février 1968. Rudi Dutschke lors des

« Journées internationales de solidarité

avec la révolution vietnamienne »

 

Né en 1940 à l'Est de l'Allemagne, Rudi Dutschke passera à Berlin Ouest en 1961, juste avant la construction du mur, pour suivre des études de sociologie et d'histoire à la Freie Universität. En 1964, il est élu membre du Conseil politique du SDS qui, jusqu'alors proche du parti social démocrate (SPD), se radicalise. Les étudiants du mouvement milite notamment contre la grande coalition CDU/SPD et contre le refoulement du passé nazi.

Suite à l'attentat, Dutschke suit une thérapie de plusieurs mois pour retrouver l'usage de la parole et de la mémoire. Progressivement, il reprend ses études et son engagement politique. Il sera l'un des fondateurs du parti des Verts (« die Grünen ») en 1979. Quelques mois plus tard, il se noie chez lui dans sa baignoire, lors d'une crise d'epilepsie, séquelle de l'attentat.

 

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11 avril 2008, Berlin, Kurfürstendamm Strasse.

Hommage à Rudi Dutschke, victime d'un attentat

40 ans plus tôt, alors qu'il circulait en vélo.

 

L'héritage de 1968 est aujourd'hui encore controversé. Cette période a obligé l'Allemagne à assumer son passé et fait de l'écologie un nouveau combat. Mais elle a conduit aussi à la radicalisation d'une minorité de contestataires. Ainsi le mouvement de lutte armée RAF (4) a confronté le pays au terrorisme dans les années 70 et 80.


(1) SDS : «  Sozialistischer Deutscher Studenband » .

(2) Jean-Pierre Le Goff, « Mai 68, l'héritage impossible », La Découverte, 2002 (p. 100).

(3) La SDS organise les 17 et 18 février 1968 à Berlin des « Journées internationales de solidarité avec la révolution vietnamienne ».

(4) RAF : "Rote Armee Fraktion"

25 avril 2008

Berlin en zone de turbulences

 

        Une lutte sans merci se livre actuellement dans les rues de Berlin. A coups de pancartes revendicatives, affichées plus ou moins sauvagement partout où c'est possible, les pro- et les anti- aéroport de Tempelhof s'affrontent depuis des semaines. 

 

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 "Seuls les cochons peuvent voler"

 

        Construit en 1923, Tempelhof est le plus ancien des trois aéroports de la capitale allemande. Situé tout près du centre de la ville, en bordure du quartier de Kreuzberg, il est rapidement accessible, mais génère beaucoup de nuisances sonores pour les habitants et, faute d'un trafic suffisant, n'est plus rentable. Aussi le Sénat, administrateur de la Ville-Land, entend-il le fermer le 31 octobre 2008. Le projet serait d'agrandir l'aéroport de Schönefeld, au sud de la capitale, afin de lui donner une véritable envergure internationale. Au site fermé se substitueraient un grand espace vert, une zone d'habitations et d'entreprises.

        Néanmoins, ce projet rencontre des résistances. Ainsi l'association ICAT a lancé une pétition contre la fermeture de l'aéroport et a organisé pour le 27 avril, un référendum sur cette question - premier référendum dit d'origine populaire à Berlin. Si Tempelhof séduit plus d'un voyageur par sa position centrale, cet aéroport a surtout une valeur historique. Situé dans l'ancienne zone américaine, il est LE symbole du pont aérien qui a ravitaillé les Berlinois de l'Ouest coupés du monde pendant 11 mois, suite au blocus instauré par l'Union soviétique en juin 1948.

 

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 "Les bonbons sans les avions", s'exclame le "Bergpartei", favorable à la fermeture de l'aéroport.

Les avions américains, qui jetaient des friandises avant même d'atterrir, étaient surnommés les "Rosinen-Bomber".

       

        « Il s'agit d'un véritable conflit générationnel », constate l'un des porte-parole du SPD Berlin, divisé jusque dans ses rangs. Les jeunes encartés du parti social-démocrate militent pour la destruction de l'aéroport, tandis que les anciens veulent son maintien. D'une manière générale, les partis écologique et de gauche sont pour la fermeture du site, tandis que les partis conservateurs et libéraux préconisent sa survie et soutiennent ouvertement l'initiative de l'ICAT. Certains, comme le quotidien « Frankfurter Allgemeine Zeitung », y voient surtout une manoeuvre politique, destinée à transformer ce scrutin en plébiscite contre le maire et la coalition Rouge-rouge (SPD / Die Linke-PDS) aux commandes de la capitale. Même la chancelière Angela Merkel (CDU) est intervenue pour faire part de son attachement à cet aéroport historique.

        A noter que l'Union des Français de l'étranger s'est également prononcée sur RFI en faveur de la pérennité de Tempelhof, arguant notamment du fait que les grandes métropoles avaient toutes plusieurs aéroports. « Londres par exemple en a 5 ». Une intervention de poids quand on sait que les étrangers résidant à Berlin ne sont pas autorisés à se prononcer sur cette question.

 

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 Des pro-Tempelhof s'appuient sur des sondages

favorables à leur cause pour leur campagne d'affichage

 

        Le Parti de la Montagne (1) , petit mouvement d'activistes qui affiche avec humour ses revendications sur le moindre réverbère, voudrait faire de cette zone aéroportuaire une zone sans béton. Il milite parallèlement pour l'instauration d'un impôt sur le kérozène, afin de responsabiliser les compagnies et voyageurs sur les effets nocifs de ce mode de transport pour l'environnement.

        La bataille finale de cette lutte fratricide se jouera dans les urnes dimanche prochain. 2,43 millions de Berlinois sont appelés à voter. Le scrutin ne sera valable qu'à partir d'un taux de participation de 25%. Et pour remportr la victoire, le « Ja » ou le « Nein » devra rassembler au moins 611 000 voix.

        Les électeurs se déplaceront-ils en masse ? Mystère. D'autant que le Sénat de Berlin n'est pas obligé de tenir compte du scrutin pour prendre sa décision finale. Le maire, Klaus Wowereit (SPD), a déjà prévenu qu'il passerait outre. Néanmoins, si la participation est significative, il pourrait être délicat de s'asseoir dessus. Un slogan s'expose particulièrement ces derniers jours sur les espaces publicitaires de Berlin : « Tout le pouvoir émane du peuple ! » .

  

(1) : «Die Bergpartei ». Contrairement à une idée reçue, il y a beaucoup de montagnes ("Berg") à Berlin : Prenzlauer Berg, Kreuzberg, Schöneberg. La plus haute doit culminer à ...  300 mètres. Et c'est sans compter les « montagnes de dettes et de déchets » de la ville, ajoute le parti montagnard.

 

15 avril 2008

Allemands et Juifs, liens indéfectibles

         Alors que la chorégraphe allemande Sasha Waltz répète le spectacle qu'elle présentera à Tel Aviv en juin, Berlin vient d'applaudir sa consoeur israélienne Yasmeen Godder. Cette jeune chorégraphe, déjà primée, se produisait dans le cadre de rencontres artistiques organisées pour les 60 ans d'Israël.

        Ces initiatives de rapprochement entre Allemagne et Israël ne résultent pas d'initiatives individuelles d'artistes, mais bien d'une volonté politique. Soixante ans après l'Holocauste et la mort de 6 millions de Juifs, Allemagne et Israël construisent et revendiquent leur amitié.

        Angela Merkel, en visite en Israel 3 jours en mars dernier, a été le premier chef d'Etat allemand à être reçu par la Knesset. L'immense majorité des parlementaires l'a ovationnée après son discours, en hébreu et allemand. « Nous autres, Allemands, la Shoah nous emplit de honte. Je m'incline devant ses victimes, ses survivants et ceux qui les ont aidés à survivre », a déclaré la chancelière. Avant d'affirmer que son pays « n'abandonnera jamais Israël et demeurera son partenaire et réel ami. »     

 

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 Berlin, Oranienburger Strasse, "Neue Synagogue"

 

       L'Allemagne est aujourd'hui le deuxième partenaire économique d'Israël, juste derrière les Etats-Unis, et la première destination européenne des Juifs émigrants. Après la chute de l'URSS, beaucoup de Juifs des pays de l'ex-Union soviétique ont émigré pour des raisons économiques en Allemagne, qui a mis en place des conditions d'accueil et de séjour privilégiées pour les Juifs. « La communauté juive d'Allemagne est la troisième d'Europe à présent », affirme Olivier Guez, journaliste et auteur d'un ouvrage sur le sujet (1). Elle est en effet passée en quelques années de 30 000 à 100 000 membres. Mais en comptait plus de 500 000 avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler. 

        Berlin est, avec 12 000 fidèles, la première communauté juive de la République fédérale. On y compte dix synagogues - dont la dernière, restaurée, a ouvert ses portes il y a quelques mois -, mais aussi des écoles, des magasins kasher, des lieux culturels, des centres d'aide sociale et de soins.

        Cette renaissance des liens sociaux et économiques entre les deux communautés a été possible grâce à un très gros travail sur la mémoire. L'Allemagne n'a pas occulté son passé. A Berlin, les traces de la Shoah font partie intégrante de la ville. Les plus visibles sont le musée juif à l'interpellante façade, mais aussi le mémorial de la Shoah, labyrinthe de 2700 blocs de béton construit en 2005 à deux pas de la porte de Brandenburg. Un plus discret mémorial a été sculpté Grosse Hamburger Strasse, ancien quartier juif de Berlin. A l'Ouest de la capitale, une liste des camps d'extermination nazis se dresse sur la Wittenberg Platz. 

 

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 Mémorial de la Shoah, Hannah Arendt Strasse

 

        Ce travail de mémoire est long et suscite encore des débats. Le 12 avril dernier est arrivé à Berlin le « train de la mémoire » et son exposition itinérante sur la déportation par voies ferrées de milliers d’enfants et d’adolescents. Le convoi n'a pas été autorisé par la Deutsche Bahn à s'arrêter dans la gare centrale de Berlin. La compagnie ferriviaire, qui a proposé la gare de Grünewald, elle-même lieu de mémoire de la déportation, a justifié sa décision par les difficultés logistiques que créerait une telle exposition dans la plus grande gare d'Europe. Ce refus a soulevé nombre de critiques. Pour beaucoup, la Deutsche Bahn craint d’introduire dans l’opinion publique, l’idée qu'elle serait l’héritière de la Reichsbahn, la compagnie au service des nazis, ouvrant la voie à d’innombrables procès en responsabilité.

     « Allemands et Israéliens sont et seront toujours liés d'une manière particulière par la mémoire de la Shoah », affirmait Angela Merkel le 18 mars dernier devant la Knesset.

  

(1) Olivier Guez, « L'impossible retour, Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 », Flammarion, 2007.

 

09 mars 2008

Frauen, le combat continue !

8 mars. Journée internationale de la femme. A cette occasion, l'hebdomadaire "Die Zeit" publie un grand dossier sur les salaires des hommes et des femmes au titre éloquent : "Dans les esprits, elles restent femmes au foyer" ("Die Hausfrau im Kopf"). "En Allemagne, les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes pour un métier équivalent". Et cet écart s'est "à peine amenuisé en 30 ans", précise le journal, qui publie un large échantillon de professions concernées. "Patissiers, 2440 euros par mois ; patissières, 1745". "Comptables, 4123 euros mensuels pour messieurs, 3052 euros pour mesdames". La palme de l'indignation revient aux transports aériens, où à métier équivalent, les hommes gagnent 3098 euros de plus que leurs homologues féminines.

Cette disparité se vérifie souvent dès l'embauche, bien que les femmes réussissent plus brillamment leurs études. Parce que dans la tête de beaucoup d'hommes (et ce sont également eux qui occupent les plus hauts postes dans les entreprises et les institutions de ce côté du Rhin), toute nouvelle employée est potentiellement une future mère, qui devra régulièrement s'absenter parce que ses enfants seront malades, relève le journal. Et surtout, la place d'une mère est avant tout auprès de ses enfants, tandis que le père doit subvenir aux besoins de la famille. Le travail d'une femme est donc encore considéré par beaucoup d'employeurs comme un "travail d'appoint" à celui du conjoint, qui mérite donc un "salaire d'appoint". Pourtant "70% des femmes travaillent aujourd'hui" .

Cette vision traditionaliste de la répartition des tâches au sein du couple fait du "débat sur l'instauration d'un salaire minimum* national en Allemagne un débat largement centré sur le salaire des femmes", estime "Die Zeit", selon qui celles-ci touchent moins de primes que les hommes.

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La situation démographique du pays pourrait forcer les mentalités à évoluer. Face à une natalité très basse et un manque de main-d'oeuvre, le gouvernement allemand prend actuellement des mesures pour aider les femmes à concilier vie professionnelle et familiale. Depuis 2007, les parents qui choisissent de s'occuper à plein temps de leur enfant à la naissance peuvent toucher jusqu'à 1800 euros de leur ancien salaire. Ce congé parental, de 12 mois si un seul parent le prend, s'étire jusqu'à 14 mois si les deux parents se relaient. Un an après sa mise en place, près de 10% des jeunes pères y ont recouru. Un résultat jugé encourageant par l'initiatrice de cette mesure, Ursula von der Leyen, ministre de la Famille et mère de 7 enfants, qui prévoit de consacrer 4 milliards d'euros à ce salaire parental.

La construction de crèches et l'allongement de l'emploi du temps scolaire sont aussi très sérieusement étudiés. Et la France fait figure de modèle en la matière. Pour le moment, les mères allemandes qui travaillent sont souvent contraintes de choisir un temps partiel.

 

* En Allemagne, les salaires minimaux sont actuellement négociés entre organisations patronales et syndicales par branches professionnelles.

 

27 février 2008

La pub, nouvelle arme syndicale

 

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« Assez économisé ! Les services publics ont une valeur ». Cette revendication s'affiche actuellement en 4 par 3 sur les murs de Berlin et d'Allemagne. Ce sont les organisations syndicales Ver.di (fédération des services) et DBB (Union des fonctionnaires) qui sont à l'origine de cette campagne de communication innovante en faveur des services publics. Objectif: sensibiliser les usagers à leurs revendications, tandis que les négociations salariales dans la Fonction publique sont dans l'impasse et que les « grèves d'avertissement » se multiplient. En effet, le « quatrième round » des discussions, qui s'est tenu hier et avant-hier, n'a pas abouti. Une prochaine et peut-être ultime rencontre devrait se tenir la semaine prochaine, les 6 et 7 mars. D'ici là, Ver.di et DBB, mais aussi les syndicats de la police et des personnels d'aéroports, envisagent de nouvelles « grèves d'avertissement ».

Les représentants des employeurs pour l'Etat fédéral et les Communes proposaient hier une « hausse de salaire de 5%, réalisée progressivement, c'est-à-dire en trois fois sur deux ans, et liée à un allongement du temps de travail ». Quelque 1,3 million de travailleurs sont concernés. Refus des organisations syndicales, qui réclament une revalorisation de 8%, à l'instar de la revendication de IG Metall, le puissant syndicat des travailleurs de l'industrie. Ce dernier a obtenu, le 20 février dernier au terme de sa négociation salariale, une augmentation de 5,2% des salaires, ainsi qu'une prime de 200 euros pour les 85 000 salariés de la branche. « Il s'agit de la plus forte augmentation obtenue par les sidérurgistes depuis 15 ans », selon l'agence e-europnews. Les conducteurs de train ont obtenu, pour leur part, une hausse de 12% de leur salaire.

Les conflits sur les revenus se multiplient. Comme en France, les Allemands s'inquiètent pour leur pouvoir d'achat. Entre l'inflation (supérieure à 2% l'an dernier) et le gel des salaires par les employeurs, ils ont l'impression de ne pas profiter de la croissance. Et de fait, une étude du ministère du Travail sur les salaires en Allemagne, publiée en 2007, montre clairement que les salaires plafonnent depuis 1986, alors que les entreprises enregistrent, depuis plusieurs années, des profits record.

 

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L'affiche précise aussi qu'il est possible de participer à

une pétition en faveur des services publics via SMS

 

Après une première campagne d'affichage en septembre 2007, le slogan « Assez économisé! » (« Genug gespart! ») se décline depuis le 14 février sur 11 nouveaux visages, représentant chacun un service public différent : santé hospitalière, éducation, transports publics, voirie, police, pompiers, garde-côtes... Cette campagne de communication « coûte 3 millions d'euros, partagés entre Ver.di et DBB », affirme Frank Zitka, directeur de communication de DBB. Les « 50 000 affiches » qui recouvrent actuellement les murs allemands auront-elles un impact sur le regard que portent les usagers sur leurs services publics et par ricochet, sur les négociations salariales?

Réponse sans doute la semaine prochaine. En tout cas, les fédérations syndicales allemandes semblent plus en pointe que leurs homologues françaises sur les techniques de communication. Parallèlement à cette campagne d'affichage, Ver.di diffuse sur le Web une émission télévisée sur son actualité hebdomadaire. Modelée à la manière d'un JT, avec présentateur et mini reportages, Streik.tv ("Grève.tv") fait, chaque mercredi, le point sur les revendications et manifestations du syndicat.

 

 

 

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