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17 février 2008
Ma Berlinale
Le rideau de la 58e Berlinale s'est refermé. Acteurs et producteurs préparent leurs valises. Tapis rouges et affiches de films vont partir à la poubelle. Après avoir visionné près de 400 films d'une centaine de pays en 10 jours, Costa-Gavras et son jury ont distribué leurs ours ce 17 février. Ce sont naturellement les films en sélection officielle les plus récompensés et les plus médiatisés. A tel point que j'ai l'impression de ne pas avoir assisté au même festival que les journalistes ! Il est vrai que j'ai délaissé les films en compétition, qui ne devraient pas tarder à sortir en salles, pour leur préférer des réalisations d'auteurs peu ou pas connus, représentants de pays lointains, afin d'ajouter au plaisir de la découverte d'un autre cinéma, celui du voyage :-)
Voici donc mon palmarès personnel. Il ne s'agit pas de me mesurer à la Costa-Gavras team, mais de faire un petit clin d'oeil aux films que j'ai vus et qui, je l'espère, sortiront un de ces quatre dans les salles obscures outre-Rhin.

« Megane » de Naoko Ogigami. C'est à ce film que je décernerais l'Ours d'or. L'histoire se déroule sur une plage japonaise, face à un océan infini et limpide. Une femme pressée prend quelques jours de vacances dans ce bout du monde où il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre le crépuscule. Impensable pour cette citadine pressée, organisée, productive. La communication est donc difficile avec les tenants de son auberge. Zen, ils savourent chaque instant. Acteurs excellents, humour, images d'esthète, la réalisatrice signe un très beau film initiatique sur l'apprentissage du rien et des plaisirs simples. Deux heures de bonheur.
« The son of Lion » de Benjamin Gilmour. Niaz, 11 ans, aide son père à tenir la boutique familiale de vente et de réparation d'armes. Comme la grande majorité des habitants de ce petit village du Nord-Ouest du Pakistan, ils vivent du commerce d'armes avec l'Afghanistan. Mais Niaz rêve d'apprendre à lire et écrire. Son père, dont la guerre contre l'URSS a été la seule école, le prend comme un acte de rébellion face au seul héritage qu'il peut lui transmettre : le maniement de la kalachnikov. « Les armes font partie de la vie quotidienne à Peshawar », indique le réalisateur australien. Les fusils sont recyclés en manche de parapluie, les boutiques d'armes aussi nombreuses que les épiceries, les coups de feu et accidents quotidiens. Le haschich est l'autre pilier de l'économie et du quotidien de la région. On sourit quand le père de Niaz envoie son fils porter un peu de hasch au grand-père, « qui l’aime tant », ou quand il lui dit, après une nouvelle querelle sur l'école: « Je me fais beaucoup de soucis pour toi. C’est pourquoi je fume tant de haschich ». Benjamin Gilmour est allé plusieurs fois au Pakistan avant de tourner. Il a pris le temps de connaître cette région somptueuse et ses habitants, de vivre avec eux. Cela se voit. Un très beau film, loin des clichés.
« Buda Az Sharm Foru Rikht » de Hana Makhmalbaf, benjamine de la célèbre famille iranienne de cinéastes. Ce film, à qui Berlin vient de décerner le prix du jury des enfants et le prix de la paix, a été tourné l'an dernier en Afghanistan, aux pieds des bouddha géants dynamités par les talibans quelques années plus tôt. L'action se déroule sur une journée, la journée d'une petite fille qui décide d'aller à l'école pour apprendre « des histoires belles et drôles ». Il lui faudra d'abord vendre des oeufs au marché pour s'acheter un cahier, marcher des kilomètres pour trouver l'école des filles, s'y faire accepter, se confronter en chemin à une bande de garçons qui ne connaissent d'autres jeux que la guerre contre les espions américains et la lapidation des femmes... Sublime et oppressant. Je viens d'apprendre qu'il sort le 20 février en France sous le titre "Le Cahier" (www.lecahier-lefilm.com).

« Tre Fratelli » de Francesco Rosi. Diffusé dans le cadre d'une rétrospective consacrée au cinéaste italien (dont la carrière a été primée hier), ce film, tourné en 1980, retrace les relations entre trois frères adultes, qui se retrouvent pour l'enterrement de leur mère. Raffaelle (Philippe Noiret) est juge à Rome, Rocco dirige un foyer pour jeunes délinquants à Naples, Nicola est ouvrier à Turin. Isolés pour quelques jours dans la ferme de leur enfance, perdue au milieu des oliviers, ils refont connaissance. Souvenirs, soucis personnels et débats sur les attentats qui rongent l'Italie à cette époque les rapprochent et les divisent.
« Flipping out » de Yoav Shamir. Tourné caméra à l'épaule, ce documentaire israélo-canadien suit le quotidien de plusieurs jeunes israéliens partis décompresser en Inde après trois ans de service militaire. A la fin de cette obligation, garçons et filles reçoivent du gouvernement une bourse, visiblement assez rondelette. Beaucoup l'utilisent pour voyager. « Des dizaines de milliers » de jeunes, selon les dires d'un député du pays, partent ainsi en Inde pour de longs mois, sans autre but que de se changer les idées, glander, fumer tout ce qui peut l'être et faire la fête. Ce pourrait être un beau film hippie si ces jeunes n'étaient pas si largués. Hébergés dans des auberges tenues par des israéliens expatriés, ils continuent à ne vivre qu'entre eux, à parler hébreu, à dire leur fierté d'avoir servi pour Tsahal et parfois d'avoir détruit des maisons palestiniennes. Le passage sans transition d'une vie très cadrée et oppressante à une liberté absolue fait péter un plomb à nombre d'entre eux. Les drogues aidant, ils partent dans des délires paranoaïques. Le film doit sortir en Israël le mois prochain.
« Corridor #8 » de Boris Despodov. Le réalisateur bulgare a parcouru, caméra à la main, le tracé du projet de Corridor qui doit relier la mer noire à l'Adriatique, et traverser ainsi Bulgarie, Macédoine et Albanie. « Il s'agit d'un road-movie qui n'en est pas un, puisque cette route n'existe pas », s'amuse Boris Despodov. Et pour cause! Echafaudé une première fois en 1941 par les Allemands, ce corrdidor le fut une seconde fois par les trois pays concernés dans les années 2000, avant d'être interrompu par l'Union européenne en 2007, qui vient finalement de le déclarer « priorité européenne » pour 2008 ! Ce beau reportage transfrontalier nous fait partager clichés et espoirs, souvenirs de guerre et rêves d'Europe, de paix et de coopération économique des Bulgares, Macédoniens et Albanais.
« Balikbayan box » de Mes De Guzman. Ce film, tourné avec peu de moyens et une caméra numérique qui rame, donne encore plus de force au sujet traité: la vie quotidienne d'un village rural des Philippines. Le réalisateur filme tout en douceur et en lenteur la violence insidieuse de la vie quotidienne d'une famille dans l'extrême pauvreté. Pas d'enfants maigres, pas d'habitants en haillons, mais de beaux paysages et des visages toujours souriants. La quête quotidienne d'un repas, l'ennui, l'alcool, la pauvreté culturelle disloquent totalement la solidarité familiale. Chacun n'agit que pour soi, prêt à tous les mensonges, vols et dangers pour quelques sous ou victuailles. Le dénouement, qui bascule dans les 5 dernières minutes, et donne tout son sens au titre abscons du film, n'en est que plus beau et tragique.
« Wonderul town » de Aditya Assarat. Un drame amoureux dans un village de Thaïlande dévasté par le tsunami. Plans longs, rythme lent, dialogues minimes. Ce premier film témoigne de la difficulté psychologique et économique à renaître d'un tel cataclysme, malgré le calme et le sourire apparents des habitants.

« Tatil ketabi » de Seyfi Teoman. Dernier jour d'école avant les vacances d'été. Tous les élèves turcs reçoivent un cahier de vacances (« tatil ketabi »). Le réalisateur filme le quotidien d'un écolier et de sa famille pendant les quatre mois qui le séparent de la rentrée. Père autoritaire, en conflit avec le grand-frère qui ne veut pas devenir militaire, oncle médiateur, mère délaissée. Amitiés et petits boulots de vacances. Accident du père. Le destin des différentes générations de cette famille va s'en trouver changé. Les paroles sont rares, les plans longs, mais le réalisateur parvient à toujours capter notre attention.
« The Exiles » de Kent Mackenzie. Une version restaurée de ce documentaire réalisé en 1961 était diffusé sur les écrans de la Berlinale dans le cadre des rétrospectives. Le réalisateur américain dresse un portrait noir (et blanc) des « Native Americans », Indiens ayant grandi dans une réserve avant d'émigrer vers Los Angeles. Déracinés, désoeuvrés, ils vivent dans la pauvreté et la promiscuité, l'alcool et sans grand espoir d'intégration.
« Le premier venu » de Jacques Doillon. Une étudiante s'est faite abusée par un mec, qui pourtant au départ lui plaisait. Elle décide de le suivre pour tomber amoureuse et transformer ainsi son viol en histoire d'amour. Le mec en question galère professionnellement et financièrement, rêve et redoute de retrouver sa fille, pas vue depuis trois ans. L'étudiante tente de l'aider, rencontre son ami d'enfance, devenu flic, qui s'énamourache d'elle... Bref, c'est compliqué et souvent invraisemblable. Mais l'héroïne est attendrissante et quelques scènes pleines d'humour.
22:10 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Liste impressionnante! Les salles obscures ont l'air confortables à Berlin :-)
Ecrit par : Théo | 22 février 2008
Bravo pour tous ces bons commentaires.... heureusement que tu es une passionnée d'écriture et que Berlin t'enchante, car tu as fait un très bon et très long travail !
Bon courage pour la suite.
Ecrit par : pierrette | 10 mars 2008
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