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29 février 2008

En rouge et verre

 

 

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    Haut de 85 mètres et long de 110, mais ne dépassant pas 11,5 mètres de profondeur, le bâtiment qui s'élève non loin de Check Point Charlie, impressionne par sa stature et son originalité. Incurvé et tout en verre, il change constamment de visage. D'une part, parce que le paysage et les nuages s'y reflètent. De l'autre, parce que les panneaux pare-soleil, en dégradé rouge-orange, s'ouvrent et se ferment selon les besoins des usagers.

 

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    Siège social de GSW (société de construction de logements sociaux), cet immeuble a été construit en 1999 par Matthias Sauerbruch et Luisa Hutton, dont l'agence compte une centaines d'employés entre Londres et Berlin. Les deux architectes ont restauré un bâtiment de bureaux, qui fut l'un des premiers à être édifié dans les années 1950, lors de la reconstruction de Berlin, presque totalement rasée pendant la Seconde guerre mondiale.

 

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    Le choix de cette allure élancée n'est pas seulement esthétique. L'économie d'énergie a également guidé le choix des formes et des matériaux. Du fait de sa minceur, l'immeuble est traversé presque toute la journée par le soleil. Ses employés travaillent ainsi à la lumière naturelle. Mais le verre présente deux inconvénients énergétiques : la déperdition de chaleur en hiver et l'effet de serre en été. Pour y pallier, la paroi Est est très fine (30 cm d'épaisseur) afin de capter la chaleur, tandis que la façade Ouest, épaisse de 1 mètre, la stocke.

    Autre ingéniosité: un système de protection solaire réversible. En été, il crée de l'ombre de l'extérieur; en hiver, il garantit un chauffage interne par le soleil. La climatisation est également naturelle. Comme l'air chaud remonte le long des parois, des ouvertures ont été créées sur chaque façade, afin d'assurer la ventilation.

 

 
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    En 2004, Sauerbruch et Hutton renouent avec le verre pour agrandir un bâtiment en briques rouges du XIXe siècle. Cet ancien entrepôt de la douane prussienne abrite désormais un poste de police et une caserne de pompiers. Les architectes y ont accolé une barre de 74 mètres de long, recouverte de panneaux de verre trempé émaillé, dont certains, amovibles, font office de fenêtres et de pare-soleil. La façade revêt les couleurs des métiers qu'elle abrite : rouge pour les pompiers, verre pour la police.

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        Belle, cette façade est aussi bien placée : au bord de la Spree, juste derrière un Biergarten (« jardin à bière »), où il fait bon se prélasser dès les premiers rayons du soleil de février :-) On y a vue sur la résidence de travail d'Angela Merkel qui, dans un style architectural très différent, n'est pas mal non plus...

 

 

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27 février 2008

La pub, nouvelle arme syndicale

 

 

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    « Assez économisé ! Les services publics ont une valeur ». Cette revendication s'affiche actuellement en 4 par 3 sur les murs de Berlin et d'Allemagne. Ce sont les organisations syndicales Ver.di (fédération des services) et DBB (Union des fonctionnaires) qui sont à l'origine de cette campagne de communication innovante en faveur des services publics. Objectif: sensibiliser les usagers à leurs revendications, tandis que les négociations salariales dans la Fonction publique sont dans l'impasse et que les « grèves d'avertissement » se multiplient. En effet, le « quatrième round » des discussions, qui s'est tenu hier et avant-hier, n'a pas abouti. Une prochaine et peut-être ultime rencontre devrait se tenir la semaine prochaine, les 6 et 7 mars. D'ici là, Ver.di et DBB, mais aussi les syndicats de la police et des personnels d'aéroports, envisagent de nouvelles « grèves d'avertissement ».

    Les représentants des employeurs pour l'Etat fédéral et les Communes proposaient hier une « hausse de salaire de 5%, réalisée progressivement, c'est-à-dire en trois fois sur deux ans, et liée à un allongement du temps de travail ». Quelque 1,3 million de travailleurs sont concernés. Refus des organisations syndicales, qui réclament une revalorisation de 8%, à l'instar de la revendication de IG Metall, le puissant syndicat des travailleurs de l'industrie. Ce dernier a obtenu, le 20 février dernier au terme de sa négociation salariale, une augmentation de 5,2% des salaires, ainsi qu'une prime de 200 euros pour les 85 000 salariés de la branche. « Il s'agit de la plus forte augmentation obtenue par les sidérurgistes depuis 15 ans », selon l'agence e-europnews. Les conducteurs de train ont obtenu, pour leur part, une hausse de 12% de leur salaire.

    Les conflits sur les revenus se multiplient. Comme en France, les Allemands s'inquiètent pour leur pouvoir d'achat. Entre l'inflation (supérieure à 2% l'an dernier) et le gel des salaires par les employeurs, ils ont l'impression de ne pas profiter de la croissance. Et de fait, une étude du ministère du Travail sur les salaires en Allemagne, publiée en 2007, montre clairement que les salaires plafonnent depuis 1986, alors que les entreprises enregistrent, depuis plusieurs années, des profits record.

 

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L'affiche précise aussi qu'il est possible de participer à

une pétition en faveur des services publics via SMS

 

     Après une première campagne d'affichage en septembre 2007, le slogan « Assez économisé! » (« Genug gespart! ») se décline depuis le 14 février sur 11 nouveaux visages, représentant chacun un service public différent : santé hospitalière, éducation, transports publics, voirie, police, pompiers, garde-côtes... Cette campagne de communication « coûte 3 millions d'euros, partagés entre Ver.di et DBB », affirme Frank Zitka, directeur de communication de DBB. Les « 50 000 affiches » qui recouvrent actuellement les murs allemands auront-elles un impact sur le regard que portent les usagers sur leurs services publics et par ricochet, sur les négociations salariales? 

    Réponse sans doute la semaine prochaine. En tout cas, les fédérations syndicales allemandes semblent plus en pointe que leurs homologues françaises sur les techniques de communication. Parallèlement à cette campagne d'affichage, Ver.di diffuse sur le Web une émission télévisée sur son actualité hebdomadaire. Modelée à la manière d'un JT, avec présentateur et mini reportages, Streik.tv ("Grève.tv") fait, chaque mercredi, le point sur les revendications et manifestations du syndicat.

 

 

 

20 février 2008

D'une pierre deux coups

Je viens de découvrir un nouveau café convivial dans le quartier de Neukölln, le « Ä », au décor très berlinois : murs en béton brut, chaises dépareillées, fauteuils défoncés et caisses de bière en guise de tabourets. Dans la première salle, on retrouve ses amis autour d'une bière. Dans la seconde, on écoute de petits groupes de musique, payés au chapeau.
 
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Et là, nouvelle découverte: les Sisters Piroth. Ces deux soeurs, d'une vingtaine d'années, écrivent, composent et chantent. Guitare acoustique, paroles anglaises, voix qui se marient bien, humour entre deux chansons... un très beau concert. D'un père autrichien et d'une mère finnoise, elles vivent à Stockholm et se sont payé, en février, une tournée d'une semaine en Allemagne. La classe quoi...

En attendant une éventuelle tournée en France, vous pouvez écouter leur deuxième album, « Prima Ballerina »

18 février 2008

Les Kosovars de Berlin en fête



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La place de  « l'église du souvenir » était en liesse hier après-midi. Quelques centaines de Kosovars s'étaient rassemblés pour fêter l'indépendance de leur pays, brandissant avec fierté et bonheur leur drapeau, rouge avec un aigle noir à deux têtes. Certains agitaient aussi un drapeau allemand ou américain. Ceux qui étaient en voiture faisaient le tour du quartier en klaxonnant. Je ne sais pas s'il s'agissait uniquement d'Albanais du Kosovo, mais hier, tout ce petit monde semblait heureux.

 

L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni pourraient reconnaître ce nouvel Etat aujourd'hui.

 

Lire également Rue89

Lire aussi l'édito du 18.02 du blog de Bruno Frappat ("La Croix") 



 

17 février 2008

Ma Berlinale

 

Le rideau de la 58e Berlinale s'est refermé. Acteurs et producteurs préparent leurs valises. Tapis rouges et affiches de films vont partir à la poubelle. Après avoir visionné près de 400 films d'une centaine de pays en 10 jours, Costa-Gavras et son jury ont distribué leurs ours ce 17 février. Ce sont naturellement les films en sélection officielle les plus récompensés et les plus médiatisés. A tel point que j'ai l'impression de ne pas avoir assisté au même festival que les journalistes ! Il est vrai que j'ai délaissé les films en compétition, qui ne devraient pas tarder à sortir en salles, pour leur préférer des réalisations d'auteurs peu ou pas connus, représentants de pays lointains, afin d'ajouter au plaisir de la découverte d'un autre cinéma, celui du voyage :-)

Voici donc mon palmarès personnel. Il ne s'agit pas de me mesurer à la Costa-Gavras team, mais de faire un petit clin d'oeil aux films que j'ai vus et qui, je l'espère, sortiront un de ces quatre dans les salles obscures outre-Rhin.

 

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« Megane » de Naoko Ogigami. C'est à ce film que je décernerais l'Ours d'or. L'histoire se déroule sur une plage japonaise, face à un océan infini et limpide. Une femme pressée prend quelques jours de vacances dans ce bout du monde où il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre le crépuscule. Impensable pour cette citadine pressée, organisée, productive. La communication est donc difficile avec les tenants de son auberge. Zen, ils savourent chaque instant. Acteurs excellents, humour, images d'esthète, la réalisatrice signe un très beau film initiatique sur l'apprentissage du rien et des plaisirs simples. Deux heures de bonheur.

 

« The son of Lion » de Benjamin Gilmour. Niaz, 11 ans, aide son père à tenir la boutique familiale de vente et de réparation d'armes. Comme la grande majorité des habitants de ce petit village du Nord-Ouest du Pakistan, ils vivent du commerce d'armes avec l'Afghanistan. Mais Niaz rêve d'apprendre à lire et écrire. Son père, dont la guerre contre l'URSS a été la seule école, le prend comme un acte de rébellion face au seul héritage qu'il peut lui transmettre : le maniement de la kalachnikov. « Les armes font partie de la vie quotidienne à Peshawar », indique le réalisateur australien. Les fusils sont recyclés en manche de parapluie, les boutiques d'armes aussi nombreuses que les épiceries, les coups de feu et accidents quotidiens. Le haschich est l'autre pilier de l'économie et du quotidien de la région. On sourit quand le père de Niaz envoie son fils porter un peu de hasch au grand-père, « qui l’aime tant », ou quand il lui dit, après une nouvelle querelle sur l'école: « Je me fais beaucoup de soucis pour toi. C’est pourquoi je fume tant de haschich ». Benjamin Gilmour est allé plusieurs fois au Pakistan avant de tourner. Il a pris le temps de connaître cette région somptueuse et ses habitants, de vivre avec eux. Cela se voit. Un très beau film, loin des clichés.

 

« Buda Az Sharm Foru Rikht » de Hana Makhmalbaf, benjamine de la célèbre famille iranienne de cinéastes. Ce film, à qui Berlin vient de décerner le prix du jury des enfants et le prix de la paix, a été tourné l'an dernier en Afghanistan, aux pieds des bouddha géants dynamités par les talibans quelques années plus tôt. L'action se déroule sur une journée, la journée d'une petite fille qui décide d'aller à l'école pour apprendre « des histoires belles et drôles ». Il lui faudra d'abord vendre des oeufs au marché pour s'acheter un cahier, marcher des kilomètres pour trouver l'école des filles, s'y faire accepter, se confronter en chemin à une bande de garçons qui ne connaissent d'autres jeux que la guerre contre les espions américains et la lapidation des femmes... Sublime et oppressant. Je viens d'apprendre qu'il sort le 20 février en France sous le titre "Le Cahier" (www.lecahier-lefilm.com).

 


 

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« Tre Fratelli » de Francesco Rosi. Diffusé dans le cadre d'une rétrospective consacrée au cinéaste italien (dont la carrière a été primée hier), ce film, tourné en 1980, retrace les relations entre trois frères adultes, qui se retrouvent pour l'enterrement de leur mère. Raffaelle (Philippe Noiret) est juge à Rome, Rocco dirige un foyer pour jeunes délinquants à Naples, Nicola est ouvrier à Turin. Isolés pour quelques jours dans la ferme de leur enfance, perdue au milieu des oliviers, ils refont connaissance. Souvenirs, soucis personnels et débats sur les attentats qui rongent l'Italie à cette époque les rapprochent et les divisent.

 

« Flipping out » de Yoav Shamir. Tourné caméra à l'épaule, ce documentaire israélo-canadien suit le quotidien de plusieurs jeunes israéliens partis décompresser en Inde après trois ans de service militaire. A la fin de cette obligation, garçons et filles reçoivent du gouvernement une bourse, visiblement assez rondelette. Beaucoup l'utilisent pour voyager. « Des dizaines de milliers » de jeunes, selon les dires d'un député du pays, partent ainsi en Inde pour de longs mois, sans autre but que de se changer les idées, glander, fumer tout ce qui peut l'être et faire la fête. Ce pourrait être un beau film hippie si ces jeunes n'étaient pas si largués. Hébergés dans des auberges tenues par des israéliens expatriés, ils continuent à ne vivre qu'entre eux, à parler hébreu, à dire leur fierté d'avoir servi pour Tsahal et parfois d'avoir détruit des maisons palestiniennes. Le passage sans transition d'une vie très cadrée et oppressante à une liberté absolue fait péter un plomb à nombre d'entre eux. Les drogues aidant, ils partent dans des délires paranoaïques. Le film doit sortir en Israël le mois prochain. 

 

« Corridor #8 » de Boris Despodov. Le réalisateur bulgare a parcouru, caméra à la main, le tracé du projet de Corridor qui doit relier la mer noire à l'Adriatique, et traverser ainsi Bulgarie, Macédoine et Albanie. «  Il s'agit d'un road-movie qui n'en est pas un, puisque cette route n'existe pas », s'amuse Boris Despodov. Et pour cause! Echafaudé une première fois en 1941 par les Allemands, ce corrdidor le fut une seconde fois par les trois pays concernés dans les années 2000, avant d'être interrompu par l'Union européenne en 2007, qui vient finalement de le déclarer « priorité européenne » pour 2008 ! Ce beau reportage transfrontalier nous fait partager clichés et espoirs, souvenirs de guerre et rêves d'Europe, de paix et de coopération économique des Bulgares, Macédoniens et Albanais.

 

« Balikbayan box » de Mes De Guzman. Ce film, tourné avec peu de moyens et une caméra numérique qui rame, donne encore plus de force au sujet traité: la vie quotidienne d'un village rural des Philippines. Le réalisateur filme tout en douceur et en lenteur la violence insidieuse de la vie quotidienne d'une famille dans l'extrême pauvreté. Pas d'enfants maigres, pas d'habitants en haillons, mais de beaux paysages et des visages toujours souriants. La quête quotidienne d'un repas, l'ennui, l'alcool, la pauvreté culturelle disloquent totalement la solidarité familiale. Chacun n'agit que pour soi, prêt à tous les mensonges, vols et dangers pour quelques sous ou victuailles. Le dénouement, qui bascule dans les 5 dernières minutes, et donne tout son sens au titre abscons du film, n'en est que plus beau et tragique.

 

« Wonderul town » de Aditya Assarat. Un drame amoureux dans un village de Thaïlande dévasté par le tsunami. Plans longs, rythme lent, dialogues minimes. Ce premier film témoigne de la difficulté psychologique et économique à renaître d'un tel cataclysme, malgré le calme et le sourire apparents des habitants.

 

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« Tatil ketabi » de Seyfi Teoman. Dernier jour d'école avant les vacances d'été. Tous les élèves turcs reçoivent un cahier de vacances (« tatil ketabi »). Le réalisateur filme le quotidien d'un écolier et de sa famille pendant les quatre mois qui le séparent de la rentrée. Père autoritaire, en conflit avec le grand-frère qui ne veut pas devenir militaire, oncle médiateur, mère délaissée. Amitiés et petits boulots de vacances. Accident du père. Le destin des différentes générations de cette famille va s'en trouver changé. Les paroles sont rares, les plans longs, mais le réalisateur parvient à toujours capter notre attention. 

 

« The Exiles » de Kent Mackenzie. Une version restaurée de ce documentaire réalisé en 1961 était diffusé sur les écrans de la Berlinale dans le cadre des rétrospectives. Le réalisateur américain dresse un portrait noir (et blanc) des « Native Americans », Indiens ayant grandi dans une réserve avant d'émigrer vers Los Angeles. Déracinés, désoeuvrés, ils vivent dans la pauvreté et la promiscuité, l'alcool et sans grand espoir d'intégration.

 

« Le premier venu » de Jacques Doillon. Une étudiante s'est faite abusée par un mec, qui pourtant au départ lui plaisait. Elle décide de le suivre pour tomber amoureuse et transformer ainsi son viol en histoire d'amour. Le mec en question galère professionnellement et financièrement, rêve et redoute de retrouver sa fille, pas vue depuis trois ans. L'étudiante tente de l'aider, rencontre son ami d'enfance, devenu flic, qui s'énamourache d'elle... Bref, c'est compliqué et souvent invraisemblable. Mais l'héroïne est attendrissante et quelques scènes pleines d'humour.

16 février 2008

Berlinale : sous les paillettes, la précarité

Une brassée de stars à contenter, un tapis rouge à faire rougir chaque jour, 400 films et 1200 projections à organiser, 4000 journalistes à pouponner, 200 000 tickets de ciné à vendre (7  à 8,50 euros l'unité) et oblitérer, 400 000 visiteurs à accueillir. Berlin, et plus particulièrement le quartier de la Postdamer Platz, devient une véritable ruche le temps de son festival international de cinéma. Et cherche du renfort de main-d'oeuvre pendant ces dix jours d'effervescence. L'équipe de préparation, d'une douzaine de personnes, indique passer à «  plus de 1000 » le temps de l'événement. Une aubaine dans une capitale où le taux de chômage est près du double de la moyenne nationale. Sauf que les boulots sont souvent précaires.

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Ouvreuses, caissiers, personnels de ménage et de sécurité, techniciens, les emplois ne sont pas parmi les plus qualifiés, ni les mieux payés. Pour attirer les projecteurs sur ces petites mains de l'ombre, alors que tous les flashs sont braqués sur les nouvelles rides de Mick Jagger ou la dernière coloration de Madonna, le collectif Mayday Berlin-Hamburg a organisé, en marge du festival, deux soirées en leur honneur. Le 9 février, la Volksbühne (« Scène du peuple »), théâtre engagé, a ainsi accueilli « le Gala des perspectives précaires ». Au menu: projections, débats et petits fours. Le 15 février, une seconde soirée était organisée à Kreuzberg (quartier turc et branché de Berlin) pour fêter la « Campagne contre les conditions de travail misérables pendant la Berlinale ». Objectif : faire entendre la voix des précaires, mais aussi certainement les aider à sortir de leur isolement et à s'unir.

 



670503234a946cfd5d5ba60fb5716951.jpgAvec un montant de « 400 euros mensuels », la gratification versée aux stagiaires de la Berlinale est « dans la moyenne », indique le collectif Mayday Berlin-Hamburg. Mais cette somme ne permet pas de parer aux dépenses du mois, poursuit le collectif dans le cadre de sa campagne « mir reicht's... nicht ! » (« ça ne me suffit pas ! »). « La pauvreté serait-elle le prix du glamour? », demande-t-il.

Le collectif met aussi en lumière les bas salaires des travailleurs auxquels fait appel la Berlinale, souvent par le biais de sous-traitants (agences de nettoyage, de personnels d'accueil, de vigiles). Et dénonce la politique salariale de certains cinémas, où le salaire des caissiers, revu à la hausse pendant le festival, ne dépasserait pas 6,50 euros de l'heure le reste de l'année.

 

Les "Super héros de la Précarité", dont les masques ne sont pas sans rappeler ceux de leurs cousins français de Génération précaire, ont d'ailleurs quelque peu dérangé l'arrivée des actrices Scarlett Johansson et Nathalie Portman sur le tapis rouge (voir la vidéo)

La Berlinale a également été l'occasion de débattre du système actuel d'assurance chômage pour les travailleurs du secteur cinématographique. Ceux-ci ne semblent pas relever d'un dispositif particulier, contrairement aux intermittents du spectacle en France. Ils doivent donc, pour percevoir leur allocation chômage, avoir travaillé 12 mois au cours des deux dernières années. Ce qui ne convient pas au rythme de travail de ce secteur, font valoir le syndicat des acteurs de cinéma et de télévision, ainsi que la fédération Média du syndicat de services Ver.di. Celui-ci revendique notamment que les travailleurs du cinéma puissent percevoir l'allocation chômage après 5 mois d'activité et non 12.

 

Lire également Rue89

13 février 2008

La Sarkozie vue d'ici

 
« Combien de temps Angela Merkel serait-elle encore au pouvoir », si elle se faisait payer ses vacances par de grands industriels allemands ou les passait en leur compagnie ?, se demandait l'hebdomadaire « der Spiegel » (« le Miroir »), qui consacrait, fin janvier, tout un dossier sur Nicolas Sarkozy, sa manière de gouverner, d'étaler sa vie privée et ses amitiés avec Vincent Bolloré, Bernaud Arnault, Serge Dassault & Cie.
 
 
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Quelques jours auparavant, « Die Zeit » (« Le Temps »), quotidien national réputé assez libéral et sérieux, se demandait lui, où était passée l'opposition politique en France. « Dans la mesure où les 'amis de Nick' contrôlent une grande partie des médias et que Sarkozy domine le Parlement, ce sont Le Canard enchaîné et Rue89  qui, dans la pratique, représentent l'opposition" politique, estime le journal.

Certes, ce sont des morceaux choisis, mais la presse allemande observe, d'une manière générale, d'un oeil très critique notre nouveau président.

12 février 2008

Scotchant

Aux grands voyageurs, les grandes découvertes. Il m’aura fallu émigrer à Berlin pour réaliser que le Scotch n’est pas universel. Cet après-midi, j'ai fait développer quelques photos destinées à être postées dans la foulée. Face à une enveloppe qui ne voulait pas coller, je demande à la vendeuse de la boutique : « Haben Sie Scotch bitte ? ».

Stupéfaction de la jeune femme, dont les yeux s’ouvrent comme des soucoupes. A mon tour d’être interloquée. Comment donc ? Scotch ne serait pas au ruban adhésif ce que Coca est au cola ? La surprise cède rapidement à l’embarras. Comment expliquer un mot qui n’a pas de synonyme, surtout quand on ne sait pas dire « adhésif », ni même « coller » en allemand ?

Me voici donc, accoudée au comptoir, en train d'imiter la forme de ce satané rouleau et le bruit qu'il fait quand on tire dessus. Pas très concluant. Perplexe, la vendeuse me répond: « Je vais chercher ma collègue ». Nouveau mime. La seconde vendeuse se concentre, tandis que je tente d'améliorer mon accent allemand sur le "Sccccrrrtch" final. Ca marche ! Elle me tend le précieux sparadrap avec un sourire. Ouf!

Sachez chers amis, si d'aventure vous veniez en Allemagne, que c'est visiblement Tesa SA qui domine le marché de la bande collante de ce côté du Rhin. Il se définit d'ailleurs lui-même comme le « premier producteur européen de rubans adhésifs » (www.tesa.fr).

Donc, si vous avez besoin d'un petit bout de truc qui colle, demandez: « Haben Sie Tesa Film bitte ? » ou bien, pour les militants No Logo, « Haben Sie ein Klebeband bitte ? » (« kleben » signifie coller). Mais ne bannissez pas pour autant Scotch de votre mémoire, il vous sera utile pour commander un whisky ;-)

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