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08 mars 2008

« La résistible ascension d'Arturo Ui »

     La représentation commence dehors, au pied du Berliner Ensemble. Des hauts-parleurs postés sur le toit du théâtre aboient un discours nazi. Une fois à l'intérieur, deux têtes de buffles aux yeux rouges et inquiétants surveillent depuis leur balcon les spectateurs qui s'installent. Le rideau – une porte en tôle ondulée - se lève. Chicago, années 30. La crise économique ronge la ville. Les producteurs de choux-fleurs ne parviennent plus à écouler leur marchandise. Ils font appel à un gangster, qui use de la violence et du chantage pour obliger les détaillants à acheter des légumes. Ainsi commence « la résistible ascension d'Arturo Ui ».

    Dans cette pièce, écrite en 1941 pendant son exil en Finlande, Bertolt Brecht retrace à mots à peine couverts l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler et l'installation d'un régime de terreur. Parmi les hommes de main d'Arturo Ui, on retrouve, déformés, les noms des principaux dirigeants nazis : Givola pour Goebbels, Roma pour Röhm, Gori pour Goering. Hindsborough, l'administrateur octogénaire de la ville, n'est quatre que Paul von Hindenburg, à qui Hitler succédera. Le dramaturge allemand, qui meurt en 1956, ne verra jamais jouée sa pièce. Elle sera présentée pour la première fois en 1959 par le Berliner Ensemble, collectif et théâtre fondés par Bertolt Brecht et sa femme, l'actrice Hélène Weigel, en 1949 à Berlin-Est.

 

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    « La résistible ascension d'Arturo Ui », jouée en alternance tout au long de 2008, reprend la mise en scène conçue à la fin de sa vie par Heiner Müller, alors directeur du Berliner Ensemble (1995). La pièce connut un franc succès à Berlin, puis au festival d'Avignon, en 1996. Le metteur en scène a mis l'accent sur le côté grotesque, brutal et avide de pouvoir d'Arturo Ui et de ses hommes de fer.

    Le succès de la pièce repose largement sur les épaules de Martin Wuttke, dont le jeu époustoufle. Il campe un Arturo Ui gauche, bourré de tics et presque bègue. Chaque geste est étudié. Tout son corps parle, à la manière d'un Chaplin. Il ouvre la pièce en jouant un chien, haletant et féroce, symbolisant Ui/Hitler en moins que rien. Pour se forger un charisme, le vulgaire et ridicule gangster, demande à un vieux comédien de lui donner des leçons de diction et d'allure. Cette scène, de mime, superbe et drôle, fait aussi basculer la pièce. Désormais Ui gagne en assurance et donc en dangerosité. Sans perdre sa vulgarité. En particulier vis-à-vis des femmes, rares dans la pièce. Devenu un homme puissant et respecté, le gangster utilise son haut-de-forme pour masquer une érection devant une femme, qu'il violera. Acteur fétiche de Heiner Müller, Martin Wuttke incarnait déjà le personnage principal à Avignon, et l'a interprêté plus de 300 fois depuis.

 

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    Ce choix de tourner Ui en ridicule et de lui prêter une voix nasillarde provoque le rire et la réflexion. Jamais donneur de leçons, Müller fait référence à l'Histoire par des détails. Le roulis d'un train rythme ainsi régulièrement la pièce. Auschwitz approche. Le tag «Moscou : 100 kilomètres» sur les jerricans d'essence des gangsters fait le lien entre les dictatures nazie et stalinienne. Mais ce choix délibéré du burlesque ne met peut-être pas à sa juste valeur le texte de Brecht, et atténue la tension, que j'ai ressentie en lisant la pièce, à mesure qu'Arturo Ui s'impose et élimine toute résistance sur son passage.

Commentaires

Je me sens soudain comme un sosie en lisant le titre du blog..
que j'apprécie et que j'ai découvert grâce au commentaire modéré sur les grèves (blog berlin.equipier).

Viel Sapss weiterhin in Berlin.

Une autre marie à Berlin

Ecrit par : mariuccia | 09 mars 2008

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