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07 avril 2008

La tornade Sasha Waltz

         Les planches de la scène de la Schaubühne viennent de vivre quatre jours éprouvants. Arrachées, jetées, ré-assemblées, elles ont craqué sous les pas et les doigts des 16 danseurs de la compagnie « Sasha Waltz & guests », qui interprétaient « Gezeiten » (« Marées »). Cette création, conçue en 2002 par la danseuse et chorégraphe allemande Sasha Waltz , prend à bras le corps les souffrances et séquelles provoquées par des catastrophes, naturelles ou humaines.

        La chorégraphie est construite en trois parties. Dans la première, avant le cataclysme, hommes et femmes vivent en harmonie. Toujours en couples ou en groupes, les danseurs évoluent dans des assemblages très travaillés et harmonieux. Sasha Waltz joue sur la symétrie des mouvements, des corps, l'alternance des rythmes.

       

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        Beaucoup de portés, de gestes protecteurs, mais aussi de tourbillons et de jetés. Cependant le collectif finit toujours pas se réunir. Les scènes où les 16 danseurs évoluent à l'unisson sont sublimes. Ils ne forment alors plus qu'un grand corps, marchant d'un même pas, s'asseyant d'un même geste.

        Un vacarme soudain et assourdissant rompt cet équilibre. Bombardements, sifflements, craquements, tornades... Difficile de mettre un nom sur le ravage qui survient et bouleverse tout. Une nouvelle ère s'ouvre. A huis clos. Les 16 personnages, barricadés dans une pièce unique, presque insalubre, pour se protéger d'une menace extérieure, doivent faire face à l'angoisse, l'attente, la pénurie, la mort.

 

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        Contrairement à la première, cette seconde partie n'est pas uniquement dansée. Le jeu et les accessoires – table, chaises, lit, vivres, tubes - apparaissent. Pour souligner la précarité de la vie et la fin de l'harmonie collective. Face à la peur de la contamination, c'est l'immobilisme et le repli sur soi qui prennent le dessus. Le malade, dans une très belle danse, saccadée par la douleur et le rejet des autres, échoue seul. Sasha Waltz met également en scène des moments plus légers, où la joie renaît, l'entraide s'organise.

        Mais personne ne sort indemne de cette épreuve. La catastrophe a marqué les corps et les esprits, jusqu'à la folie. Le troisième temps de Gezeiten relève davantage du théâtre d'objets que de la danse. Désarticulé, désarçonné, chacun des personnages tente de se reconstruire seul. Sans repère. Accessoires inutiles, gestes absurdes, vains. Briques empilées contre toute logique. Bouts de bois enfilés dans les vêtements comme autant de prothèses. Gestes bestiaux. L'absurdité des situations en devient parfois comique.

               

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        Le musicien soliste qui accompagnait la chorégraphie depuis le début avec des Suites pour violoncelle de Bach laisse alors sa place à des bruitages : froissement de papiers, déchirement de tissus, entrechoquement de cailloux... Le chaos gagne. La scène est désossée presque entièrement. Au final, trois corps, emmaillotés telles des momies, tentent encore de vivre et de danser, au milieu d'un amas de planches et de sable.

        Déconcertante et pessimiste, cette pièce n'en dégage pas moins une très grande énergie. Evoluant progressivement de la danse vers le théâtre, « Gezeiten » provoque beaucoup d'émotions et de réflexions. Le nombre élevé de danseurs, presque toujours ensemble sur scène dans les deuxième et troisième parties, crée un spectacle en perpétuel mouvement. Le décor se transforme de minute en minute, dans un tourbillon incessant.     

  

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     La force de la pièce repose en grande partie sur l'unité et la synchronisation parfaite de cette troupe de danseurs. Unité créée par la manière de travailler de la chorégraphe allemande. Le nom qu'elle a donné à sa compagnie fondée en 1993, « Sasha Waltz & Guests », est révélateur de sa façon de concevoir un spectacle. L'ensemble de la troupe est associée au processus de création.

     « Gezeiten » est d'ailleurs une production de la Schaubühne, théâtre que Sasha Waltz, 45 ans, a codirigé de 1999 à 2004. Restée à Berlin, elle a depuis reconverti une ancienne usine hydraulique en nouveau lieu de création, le Radialsystem V, qui associe théâtre, danse et musique. Elle vient d'y jouer une de ses premières créations, « Travelogue I -Twenty to eight », qui débarque à Paris, au Théâtre de la Ville, en mai prochain (du 20 au 24).

 (Photos Jorg Metzner) 

 

Commentaires

Très intéressant à lire - comme toujours.
J'aime aussi beaucoup Sasha Walz; une de ses créations les plus frappantes est l'idée d'un bas-relief humain qui se meut lentement (particulièrement bien inséré dans sa mise en scène de Médée de Dusapin).

Ps: Une visite à l'Umsonstladen vendredi me conviendrait tout à fait.
(Corodonnées via l'adresse mail donnée sur mon blog)

A bientôt!

Ecrit par : mariuccia | 10 avril 2008

Penses-tu que ces artistes viendront jusqu'à nous,en Lorraine pour que nous puissions en profiter ?

Par cette belle page,tu m'a donné envie d'en faire connaissance

Ecrit par : françoise | 13 avril 2008

on ne peux pas commenter les anciens billets? c'est normal?

intéressant reportage avec des images très parlant: non merci, ce n'est pas pour moi les pièces ou livres pessimistes, je trouve et je veux transmettre aussi, qu'il y a toujours de l'espoir

sinon, en lisant le début de ton blog, l'arrivé à Berlin, je voulais demander: et pour ceux qui ne sont plus dans aucun réligion, que font-ils avec leurs impots?

Ecrit par : julie70 | 16 avril 2008

C'est très agréable de lire vos écrits .

J'ai découvert la littérature hongroise en lisant Sandor Marai

Ecrit par : françoise | 17 avril 2008

Bon résumé de cette pièce touchante, impressionnante et pleine d'émotion.

Ecrit par : Pierrette | 25 juin 2008

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