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25 avril 2008

Berlin en zone de turbulences

 

        Une lutte sans merci se livre actuellement dans les rues de Berlin. A coups de pancartes revendicatives, affichées plus ou moins sauvagement partout où c'est possible, les pro- et les anti- aéroport de Tempelhof s'affrontent depuis des semaines. 

 

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 "Seuls les cochons peuvent voler"

 

        Construit en 1923, Tempelhof est le plus ancien des trois aéroports de la capitale allemande. Situé tout près du centre de la ville, en bordure du quartier de Kreuzberg, il est rapidement accessible, mais génère beaucoup de nuisances sonores pour les habitants et, faute d'un trafic suffisant, n'est plus rentable. Aussi le Sénat, administrateur de la Ville-Land, entend-il le fermer le 31 octobre 2008. Le projet serait d'agrandir l'aéroport de Schönefeld, au sud de la capitale, afin de lui donner une véritable envergure internationale. Au site fermé se substitueraient un grand espace vert, une zone d'habitations et d'entreprises.

        Néanmoins, ce projet rencontre des résistances. Ainsi l'association ICAT a lancé une pétition contre la fermeture de l'aéroport et a organisé pour le 27 avril, un référendum sur cette question - premier référendum dit d'origine populaire à Berlin. Si Tempelhof séduit plus d'un voyageur par sa position centrale, cet aéroport a surtout une valeur historique. Situé dans l'ancienne zone américaine, il est LE symbole du pont aérien qui a ravitaillé les Berlinois de l'Ouest coupés du monde pendant 11 mois, suite au blocus instauré par l'Union soviétique en juin 1948.

 

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 "Les bonbons sans les avions", s'exclame le "Bergpartei", favorable à la fermeture de l'aéroport.

Les avions américains, qui jetaient des friandises avant même d'atterrir, étaient surnommés les "Rosinen-Bomber".

       

        « Il s'agit d'un véritable conflit générationnel », constate l'un des porte-parole du SPD Berlin, divisé jusque dans ses rangs. Les jeunes encartés du parti social-démocrate militent pour la destruction de l'aéroport, tandis que les anciens veulent son maintien. D'une manière générale, les partis écologique et de gauche sont pour la fermeture du site, tandis que les partis conservateurs et libéraux préconisent sa survie et soutiennent ouvertement l'initiative de l'ICAT. Certains, comme le quotidien « Frankfurter Allgemeine Zeitung », y voient surtout une manoeuvre politique, destinée à transformer ce scrutin en plébiscite contre le maire et la coalition Rouge-rouge (SPD / Die Linke-PDS) aux commandes de la capitale. Même la chancelière Angela Merkel (CDU) est intervenue pour faire part de son attachement à cet aéroport historique.

        A noter que l'Union des Français de l'étranger s'est également prononcée sur RFI en faveur de la pérennité de Tempelhof, arguant notamment du fait que les grandes métropoles avaient toutes plusieurs aéroports. « Londres par exemple en a 5 ». Une intervention de poids quand on sait que les étrangers résidant à Berlin ne sont pas autorisés à se prononcer sur cette question.

 

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 Des pro-Tempelhof s'appuient sur des sondages

favorables à leur cause pour leur campagne d'affichage

 

        Le Parti de la Montagne (1) , petit mouvement d'activistes qui affiche avec humour ses revendications sur le moindre réverbère, voudrait faire de cette zone aéroportuaire une zone sans béton. Il milite parallèlement pour l'instauration d'un impôt sur le kérozène, afin de responsabiliser les compagnies et voyageurs sur les effets nocifs de ce mode de transport pour l'environnement.

        La bataille finale de cette lutte fratricide se jouera dans les urnes dimanche prochain. 2,43 millions de Berlinois sont appelés à voter. Le scrutin ne sera valable qu'à partir d'un taux de participation de 25%. Et pour remportr la victoire, le « Ja » ou le « Nein » devra rassembler au moins 611 000 voix.

        Les électeurs se déplaceront-ils en masse ? Mystère. D'autant que le Sénat de Berlin n'est pas obligé de tenir compte du scrutin pour prendre sa décision finale. Le maire, Klaus Wowereit (SPD), a déjà prévenu qu'il passerait outre. Néanmoins, si la participation est significative, il pourrait être délicat de s'asseoir dessus. Un slogan s'expose particulièrement ces derniers jours sur les espaces publicitaires de Berlin : « Tout le pouvoir émane du peuple ! » .

  

(1) : «Die Bergpartei ». Contrairement à une idée reçue, il y a beaucoup de montagnes ("Berg") à Berlin : Prenzlauer Berg, Kreuzberg, Schöneberg. La plus haute doit culminer à ...  300 mètres. Et c'est sans compter les « montagnes de dettes et de déchets » de la ville, ajoute le parti montagnard.

 

22 avril 2008

Incroyable et réel destin

         Seul sur la scène du Renaissance Theater durant près de deux heures, Dominique Horwitz incarne Charlotte von Mahlsdorf, un travesti allemand au destin insolite, qui connut presque plus d'ennuis sous l'Allemagne réunifiée que sous les dictatures nazie puis socialiste.

        Pour écrire sa pièce (1), récompensée par le Prix Pulitzer en 2004, le dramaturge américain Doug Wright, s’est inspiré directement de la biographie écrite par Charlotte von Mahlsdorf. Il a également mené de nombreux entretiens avec elle. D'où un texte et une mise en scène truffés d'anecdotes et de détails sur la vie quotidienne du personnage. Le rideau s’ouvre ainsi sur le salon de Charlotte von Mahlsdorf, grande collectionneuse de mobilier et d’objets de l’époque wilhelmienne (avant la première guerre mondiale). Ambiance cosy et musique grésillante émise par de véritables gramophone et phonographe. 

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 Dominique Horwitz au Renaissance Theater

 

        Né en 1928 à Malhsdorf, en périphérie de Berlin, Lothar Berfelde se sent très jeune plus femme qu’homme. Face à un père violent et nazi, qui rêve de faire de lui un militaire, il part vivre chez son oncle dès l’adolescence avant de revenir tuer son père en 1944. Emprisonné, il sera libéré par le bombardement de la prison de Berlin. Commence alors une nouvelle vie. Celle de Charlotte von Mahlsdorf, collectionneuse avertie, qui récupère dès 1945 les meubles qu’elle trouve.
 
        Restée à l’Est après la scission de Berlin, Charlotte von Mahlsdorf devient informateur pour la Stasi. Ce qui ne l'épargne pas de la prison ni des interrogatoires, sous la pression desquels elle dénonce un collègue pour sauver sa précieuse collection de meubles, oeuvre de sa vie.
 
        Véritable agent secret pour les uns, affabulateur pour les autres, cette fonction suscite la controverse après la réunification de l’Allemagne et l’ouverture des archives de la RDA. De même, la croix du mérite qui lui est remise en 1992 déclenche une vive polémique. Par la suite, victime d’une agression homophobe, Charlotte von Mahlsdorf ferme le musée qu’elle avait créé pour présenter sa collection (premier musée privé de RDA) et s’installe en Suède en 1997.
 
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Charlotte von Mahlsdorf dans son musée aux portes de Berlin

 

        Réussissant une belle prouesse de comédien, Dominique Horwitz interprète sans sur-jouer Charlotte von Mahlsdorf, mais également toutes les personnes qu’elle rencontre au cours de son existence, dont Doug Wright, à qui elle raconte sa vie. Avec recul et mordant, cette pièce biographique se concentre sur l’histoire politique contemporaine de l’Allemagne et les débats qu’elle suscite, mais également sur le processus de conservation des souvenirs. Au final, la sexualité du personnage n’est qu’un thème annexe.

        Décédée en 2002, lors d’une visite à Berlin, Charlotte von Mahlsdorf a laissé une impressionnante collection d’objets et de meubles. Depuis 2004, ils sont de nouveau réunis dans sa maison-musée de Mahlsdorf.

 

(1) Cette pièce de théâtre, "I am my own wife", a pour titre allemand, "Ich mach ja doch, was ich will". 

15 avril 2008

Allemands et Juifs, liens indéfectibles

         Alors que la chorégraphe allemande Sasha Waltz répète le spectacle qu'elle présentera à Tel Aviv en juin, Berlin vient d'applaudir sa consoeur israélienne Yasmeen Godder. Cette jeune chorégraphe, déjà primée, se produisait dans le cadre de rencontres artistiques organisées pour les 60 ans d'Israël.

        Ces initiatives de rapprochement entre Allemagne et Israël ne résultent pas d'initiatives individuelles d'artistes, mais bien d'une volonté politique. Soixante ans après l'Holocauste et la mort de 6 millions de Juifs, Allemagne et Israël construisent et revendiquent leur amitié.

        Angela Merkel, en visite en Israel 3 jours en mars dernier, a été le premier chef d'Etat allemand à être reçu par la Knesset. L'immense majorité des parlementaires l'a ovationnée après son discours, en hébreu et allemand. « Nous autres, Allemands, la Shoah nous emplit de honte. Je m'incline devant ses victimes, ses survivants et ceux qui les ont aidés à survivre », a déclaré la chancelière. Avant d'affirmer que son pays « n'abandonnera jamais Israël et demeurera son partenaire et réel ami. »     

 

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 Berlin, Oranienburger Strasse, "Neue Synagogue"

 

       L'Allemagne est aujourd'hui le deuxième partenaire économique d'Israël, juste derrière les Etats-Unis, et la première destination européenne des Juifs émigrants. Après la chute de l'URSS, beaucoup de Juifs des pays de l'ex-Union soviétique ont émigré pour des raisons économiques en Allemagne, qui a mis en place des conditions d'accueil et de séjour privilégiées pour les Juifs. « La communauté juive d'Allemagne est la troisième d'Europe à présent », affirme Olivier Guez, journaliste et auteur d'un ouvrage sur le sujet (1). Elle est en effet passée en quelques années de 30 000 à 100 000 membres. Mais en comptait plus de 500 000 avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler. 

        Berlin est, avec 12 000 fidèles, la première communauté juive de la République fédérale. On y compte dix synagogues - dont la dernière, restaurée, a ouvert ses portes il y a quelques mois -, mais aussi des écoles, des magasins kasher, des lieux culturels, des centres d'aide sociale et de soins.

        Cette renaissance des liens sociaux et économiques entre les deux communautés a été possible grâce à un très gros travail sur la mémoire. L'Allemagne n'a pas occulté son passé. A Berlin, les traces de la Shoah font partie intégrante de la ville. Les plus visibles sont le musée juif à l'interpellante façade, mais aussi le mémorial de la Shoah, labyrinthe de 2700 blocs de béton construit en 2005 à deux pas de la porte de Brandenburg. Un plus discret mémorial a été sculpté Grosse Hamburger Strasse, ancien quartier juif de Berlin. A l'Ouest de la capitale, une liste des camps d'extermination nazis se dresse sur la Wittenberg Platz. 

 

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 Mémorial de la Shoah, Hannah Arendt Strasse

 

        Ce travail de mémoire est long et suscite encore des débats. Le 12 avril dernier est arrivé à Berlin le « train de la mémoire » et son exposition itinérante sur la déportation par voies ferrées de milliers d’enfants et d’adolescents. Le convoi n'a pas été autorisé par la Deutsche Bahn à s'arrêter dans la gare centrale de Berlin. La compagnie ferriviaire, qui a proposé la gare de Grünewald, elle-même lieu de mémoire de la déportation, a justifié sa décision par les difficultés logistiques que créerait une telle exposition dans la plus grande gare d'Europe. Ce refus a soulevé nombre de critiques. Pour beaucoup, la Deutsche Bahn craint d’introduire dans l’opinion publique, l’idée qu'elle serait l’héritière de la Reichsbahn, la compagnie au service des nazis, ouvrant la voie à d’innombrables procès en responsabilité.

     « Allemands et Israéliens sont et seront toujours liés d'une manière particulière par la mémoire de la Shoah », affirmait Angela Merkel le 18 mars dernier devant la Knesset.

  

(1) Olivier Guez, « L'impossible retour, Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 », Flammarion, 2007.

 

10 avril 2008

Unbeschränkt zu genießen

        Zwischen Weingummis, Schokoriegel und sonstige Naschwerke gedrückt, steht es da. Es ist ganz gelb. Eben und klein. 15 x 10 cm. Ein Buch. Ein Buch, das in einem Automaten am Berliner Bahnhof Gesundbrunnen verkauft wird. Nicht teuerer als ein Marmorkuchen. Ein Euro. Der Automat verschluckt die Münze und lässt das Heft fallen. « Vor dem Gericht » von Irsi Hanika. Dieses Theaterstück von 15 Seiten ist die 72ste Geschichte der Sammlung « Schöner Lesen », die bei SuKuLTuR veröffentlicht wurde.

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        Seit 5 Jahren bietet dieser kleine und unabhängige Verlag Bücher über Automaten an. Die Idee dazu entstand im Jahr 2003. Der Herausgeber, Marc Degens, suchte einen Absatzmarkt für eine Reihe, die Erzählungen, Gedichte und kurze Theaterstücke von relativ unbekannten Autoren veröffentlichen sollte. Deswegen hat es der Verlag im normalen Buchhandel naturgemäß sehr schwer.

        Die Idee ist originell, aber nicht wirklich neu, sagt Marc Degens. Zum Beispiel hatte der Reclam Verlag von 1912 bis 1940 eigene Heftautomaten.

        Seit 2004 hat SuKuLTuR verschiedene Orte erprobt: Jugendhotels, Kantinen und auch eine Kaserne. Das lief nicht so gut, weil der Verlag eher auf wechselnden Kundenverkehr angewiesen war. Ideal wären wahrscheinlich Bahnhöfe.

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        Der Automatenvertrieb hat mehrere Vorteile : Überraschung für die Kunden. Aber auch eine geringere Mehrwertsteuer sowie eine längere Haltbarkeitsdauer. Außerdem arbeitet SuKuLTuR seit dem Anfang des Projekts in einer Monopolstellung. Und die Buchhändler sehen diesen Ungewöhnlichen Vertrieb « nicht als Gefahr oder Konkurrenten an, sondern eher als Ergänzung », sagt Marc Degens. « Das Hauptproblem im Vorfeld war die Standfestigkeit und die Papierqualität der Hefte. Denn die Automaten sind gekühlt, nicht jedes Papier macht das mit », erinnert sich Marc Degens.

        Heute arbeitet SuKuLTuR mit zwei Automaten-Firmen. Allein in Berlin hat er seit 2004 « etwa 40 000 » kleine gelbe Bücher verkauft. Im Durchschnitt bringt der Verlag jeden Monat ein neues Leseheft heraus. Mit diesem « gewinnträchtigen Handel » können die Nascher neue Autoren entdecken. Danach können sie auch andere Titel von SuKuLTuR in Buchhandel finden.

07 avril 2008

La tornade Sasha Waltz

         Les planches de la scène de la Schaubühne viennent de vivre quatre jours éprouvants. Arrachées, jetées, ré-assemblées, elles ont craqué sous les pas et les doigts des 16 danseurs de la compagnie « Sasha Waltz & guests », qui interprétaient « Gezeiten » (« Marées »). Cette création, conçue en 2002 par la danseuse et chorégraphe allemande Sasha Waltz , prend à bras le corps les souffrances et séquelles provoquées par des catastrophes, naturelles ou humaines.

        La chorégraphie est construite en trois parties. Dans la première, avant le cataclysme, hommes et femmes vivent en harmonie. Toujours en couples ou en groupes, les danseurs évoluent dans des assemblages très travaillés et harmonieux. Sasha Waltz joue sur la symétrie des mouvements, des corps, l'alternance des rythmes.

       

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        Beaucoup de portés, de gestes protecteurs, mais aussi de tourbillons et de jetés. Cependant le collectif finit toujours pas se réunir. Les scènes où les 16 danseurs évoluent à l'unisson sont sublimes. Ils ne forment alors plus qu'un grand corps, marchant d'un même pas, s'asseyant d'un même geste.

        Un vacarme soudain et assourdissant rompt cet équilibre. Bombardements, sifflements, craquements, tornades... Difficile de mettre un nom sur le ravage qui survient et bouleverse tout. Une nouvelle ère s'ouvre. A huis clos. Les 16 personnages, barricadés dans une pièce unique, presque insalubre, pour se protéger d'une menace extérieure, doivent faire face à l'angoisse, l'attente, la pénurie, la mort.

 

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        Contrairement à la première, cette seconde partie n'est pas uniquement dansée. Le jeu et les accessoires – table, chaises, lit, vivres, tubes - apparaissent. Pour souligner la précarité de la vie et la fin de l'harmonie collective. Face à la peur de la contamination, c'est l'immobilisme et le repli sur soi qui prennent le dessus. Le malade, dans une très belle danse, saccadée par la douleur et le rejet des autres, échoue seul. Sasha Waltz met également en scène des moments plus légers, où la joie renaît, l'entraide s'organise.

        Mais personne ne sort indemne de cette épreuve. La catastrophe a marqué les corps et les esprits, jusqu'à la folie. Le troisième temps de Gezeiten relève davantage du théâtre d'objets que de la danse. Désarticulé, désarçonné, chacun des personnages tente de se reconstruire seul. Sans repère. Accessoires inutiles, gestes absurdes, vains. Briques empilées contre toute logique. Bouts de bois enfilés dans les vêtements comme autant de prothèses. Gestes bestiaux. L'absurdité des situations en devient parfois comique.

               

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        Le musicien soliste qui accompagnait la chorégraphie depuis le début avec des Suites pour violoncelle de Bach laisse alors sa place à des bruitages : froissement de papiers, déchirement de tissus, entrechoquement de cailloux... Le chaos gagne. La scène est désossée presque entièrement. Au final, trois corps, emmaillotés telles des momies, tentent encore de vivre et de danser, au milieu d'un amas de planches et de sable.

        Déconcertante et pessimiste, cette pièce n'en dégage pas moins une très grande énergie. Evoluant progressivement de la danse vers le théâtre, « Gezeiten » provoque beaucoup d'émotions et de réflexions. Le nombre élevé de danseurs, presque toujours ensemble sur scène dans les deuxième et troisième parties, crée un spectacle en perpétuel mouvement. Le décor se transforme de minute en minute, dans un tourbillon incessant.     

  

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     La force de la pièce repose en grande partie sur l'unité et la synchronisation parfaite de cette troupe de danseurs. Unité créée par la manière de travailler de la chorégraphe allemande. Le nom qu'elle a donné à sa compagnie fondée en 1993, « Sasha Waltz & Guests », est révélateur de sa façon de concevoir un spectacle. L'ensemble de la troupe est associée au processus de création.

     « Gezeiten » est d'ailleurs une production de la Schaubühne, théâtre que Sasha Waltz, 45 ans, a codirigé de 1999 à 2004. Restée à Berlin, elle a depuis reconverti une ancienne usine hydraulique en nouveau lieu de création, le Radialsystem V, qui associe théâtre, danse et musique. Elle vient d'y jouer une de ses premières créations, « Travelogue I -Twenty to eight », qui débarque à Paris, au Théâtre de la Ville, en mai prochain (du 20 au 24).

 (Photos Jorg Metzner) 

 

03 avril 2008

A dévorer sans modération

         Coincé entre les paquets de madeleines, de gâteaux, de chips et autres trucs à grignoter, il se tient bien droit. Entièrement jaune. Plat et petit. 15 x 11 cm. Un livre. Un livre est vendu dans les distributeurs automatiques de la gare berlinoise Gesundbrunnen. Pas plus cher qu'un Coca ou qu'un Mars. Un euro. Et l'immuable mécanisme se déclenche. La machine avale la pièce et libère l'insolite objet, qui glisse le long de la paroi vitrée. Pas de « Bonk » à l'arrivée. Il est trop léger. Un livre. Il s'agit bien d'un livre. Une nouvelle de 15 petites pages. La 72ème de la collection « Schöner Lesen » (« bonnes lectures ») éditée par SuKuLTuR.

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         Cela fait maintenant 4 ans que cette petite maison indépendante commercialise sa collection de mini livres via des distributeurs. Et uniquement par ce biais. L'idée a germé en 2003. Il s'agissait de trouver une alternative aux canaux traditionnels de vente, difficiles d'accès pour les récits, poèmes et courtes pièces de théâtre d'auteurs méconnus que publie SuKuLTuR.

        Originale, l'idée ne serait pourtant pas nouvelle, assurent leurs concepteurs. En 1912, la maison d'édition allemande Reclam distribuait déjà ses séries dans des automates, et ce jusqu'en 1940. SuKuLTuR a testé plusieurs lieux de diffusion. Auberges de jeunesse, cantines et casernes. L'idée plaît, mais il faut un lieu où les clients se renouvellent. Les gares s'imposent.
 
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         Outre l'effet de surprise, la commercialisation en distributeurs présente d'autres atouts : « une TVA plus faible » et une période d'exposition en tête de gondole plus longue ! D'autant que la maison d'édition bénéficie d'une « situation de monopole » depuis le lancement du projet, en 2004. De plus, l'initiative « ne heurte pas les libraires », pour qui ce circuit de distribution est « plus complémentaire que concurrentiel», assurait Marc Degens, éditeur et co-fondateur de SuKuLTuR, après quelques mois de commercialisation. 

        « Le plus dur fut de concevoir un papier qui résiste à l'air réfrigéré des machines ! », s'amuse Marc Degens. Et ce dans des coûts de fabrication modiques. Aujourd'hui, SuKuLTuR travaille avec deux gérants de distributeurs automatiques. Rien que dans Berlin, « quelque 40 000 » petits livres jaunes ont été vendus à ce jour. La collection publie en moyenne un titre par mois. Un commerce « rentable », selon Marc Degens, qui permet aux usagers des transports en commun de découvrir, à faible coût, des auteurs et une maison d'édition, dont ils pourront retrouver d'autres ouvrages en librairies.

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