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03 mai 2008
Une rue au nom de Rudi Dutschke
Le panneau a été accroché la veille du 1er mai. La «Kochstrasse» s'appelle désormais officiellement la « Rudi-Dutschke-Strasse », du nom d'une des figures de la révolte de la jeunesse ouest-berlinoise en 1968. Etudiant en sociologie, marxiste et leader du SDS (1), fédération des étudiants socialistes allemands, Rudi Dutschke a été grièvement blessé lors d'un attentat à son encontre le 11 avril 1968.
Beaucoup de Berlinois estiment que l'assassin aurait été fortement influencé par les appels à la répression contre les agitateurs de Berlin lancés par le groupe de presse Axel Springer, farouchement anti-communiste.
Berlin, 1er mai 2008
Quant il a été proposé de renommer la « Kochstrasse », rue qui fait l'angle avec la « Axel-Springer-Strasse », où siège le groupe de presse éponyme, celui-ci s'y est opposé, tout en prenant soin de changer d’entrée principale, jusqu’alors située « Kochstrasse ». Après trois ans de polémique et de bataille juridique, un tribunal administratif a rendu sa décision en avril dernier et autorisé le changement de nom.
En 1968, l'Allemagne de l'Ouest est, comme la France, secouée par un mouvement de contestation de la jeunesse. Mais « en RFA, et tout particulièrement à Berlin, il existe une mentalité anticommuniste militante », analyse le sociologue Jean-Pierre Le Goff (2). « L'hostilité est forte contre les étudiants contestataires, dont on estime qu'ils font le jeu des "rouges" ou sont manipulés par eux. Les journaux du groupe Springer entretiennent un climat de haine contre les manifestants ». « En août 1967, des passants, des chauffeurs de taxi insultent et agressent ces derniers. Après la manifestation "anti-impérialiste" organisée par le SDS en février 1968 (3), qui réunit 15 000 personnes à Berlin, de nombreux Berlinois en appellent à l'emploi de méthodes expéditives. Trois jours plus tard, une contre-manifestation des syndicats et des partis rassemble dans cette même ville plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le journal « Bild Zeitung», du groupe Springer, écrit : "on n'a pas le droit de laisser le gros ouvrage à la seule police et à ses lanceurs d'eau" ».
Berlin Ouest, 17 février 1968. Rudi Dutschke lors des
« Journées internationales de solidarité
avec la révolution vietnamienne »
Né en 1940 à l'Est de l'Allemagne, Rudi Dutschke passera à Berlin Ouest en 1961, juste avant la construction du mur, pour suivre des études de sociologie et d'histoire à la Freie Universität. En 1964, il est élu membre du Conseil politique du SDS qui, jusqu'alors proche du parti social démocrate (SPD), se radicalise. Les étudiants du mouvement milite notamment contre la grande coalition CDU/SPD et contre le refoulement du passé nazi.
Suite à l'attentat, Dutschke suit une thérapie de plusieurs mois pour retrouver l'usage de la parole et de la mémoire. Progressivement, il reprend ses études et son engagement politique. Il sera l'un des fondateurs du parti des Verts (« die Grünen ») en 1979. Quelques mois plus tard, il se noie chez lui dans sa baignoire, lors d'une crise d'epilepsie, séquelle de l'attentat.
11 avril 2008, Berlin, Kurfürstendamm Strasse.
Hommage à Rudi Dutschke, victime d'un attentat
40 ans plus tôt, alors qu'il circulait en vélo.
L'héritage de 1968 est aujourd'hui encore controversé. Cette période a obligé l'Allemagne à assumer son passé et fait de l'écologie un nouveau combat. Mais elle a conduit aussi à la radicalisation d'une minorité de contestataires. Ainsi le mouvement de lutte armée RAF (4) a confronté le pays au terrorisme dans les années 70 et 80.
(1) SDS : « Sozialistischer Deutscher Studenband » .
(2) Jean-Pierre Le Goff, « Mai 68, l'héritage impossible », La Découverte, 2002 (p. 100).
(3) La SDS organise les 17 et 18 février 1968 à Berlin des « Journées internationales de solidarité avec la révolution vietnamienne ».
(4) RAF : "Rote Armee Fraktion"
16:01 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





Commentaires
Oui, on oublie trop vite que l'année 1968 fut l'année des agitations jeunes un peu partout, chaque pays pour une autre raison, mais quand même, un peu ressemblant aussi.
Je crois, qu'entre autres, la génération d'après guerre a voulu montrer qu'il existe et qu'il y a des choses qu'il voudra changer.
Ecrit par : julie70j | 06 mai 2008
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