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07 mai 2008

Manu militari

        "Die Akademie der Künste" de Berlin fête les 40 ans de 1968 en présentant, sous la bannière "Kunst und Revolte" ("Art et révolte"), les oeuvres engagées de photographes, dramaturges, cinéastes, comédiens ou chorégraphes. Les expositions et spectacles proposés rappellent les combats des années 60 en Europe et ailleurs, mais aussi des luttes actuelles, notamment en Afrique.   

        C'est dans ce cadre que "The brig" a été jouée quatre soirs de suite. Cette pièce de théâtre retrace le quotidien de détenus militaires. Elle a été jouée pour la première fois à New York en 1963 pour dénoncer la brutalité des relations dans les prisons militaires américaines. Très bien accueillie par le public, cette pièce de Kenneth H.Brown était interprétée par la troupe du Living Theater, théâtre très engagé fondé à New York au lendemain de la Seconde guerre mondiale. La co-fondatrice, Judith Malina, signe à 81 ans, la mise en scène de la version 2007. Face aux exactions commises envers les prisonniers militaires retenus par les Américains à Guantanamo, cette pièce garde, 45 ans après, toute sa force et sa vocation. 

 

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         La mise en scène ultra-réaliste fait l'effet d'un électro-choc. Entre la scène et les spectateurs, d'immenses fils barbelés tendus. Sur scène, une cage en fil de fer, dans laquelle se trouvent 5 lits superposés. On ne sait rien des prisonniers, ni de leurs gardiens. Sinon qu'ils sont Américains. D'ailleurs la pièce est jouée en anglais. Le spectateur est plongé directement dans le quotidien des détenus. Ils sont dix. Des numéros ont remplacé leurs noms. Allongés dans leurs lits, ils se lèvent aux hurlements de leurs gardiens. Et l'enfer de leur journée commence.

Sous le regard et les hurlements omniprésents de leurs quatre surveillants, les hommes doivent s'habiller en cadence en regardant toujours droit devant eux, marcher militairement, se brosser les dents, faire le ménage, aller aux toilettes, faire leur lit, refaire le ménage, lire le manuel du Marines.

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        La journée est minutée. Chaque geste est effectué sous la contrainte. Les prisonniers ne décident de rien. Tous les trois mètres, ils doivent demander la permission de franchir un pas supplémentaire. Ils vont aux toilettes quand on le leur dit. Les humiliations sont permanentes. Sous l'oeil narquois des gardiens, il leur faut obéir à l'ordre de mettre la tête dans les WC, d'entrer dans une poubelle, de se faire frapper, sous peine d'être encore plus maltraités.

        Les ordres hurlés par les surveillants et les demandes de permission criées par les détenus sont les seuls dialogues de cette pièce. La répétition des gestes, des mots, les cris, les pas cadencés, les bruits de bottes, les coups, la surveillance omnisciente, les barbelés, le plaisir de nuire, mettent les nerfs des prisonniers à vif. La peur, la détresse, l'impossibilité de réfléchir se lisent sur leur visage. Les spectateurs sont presque aussi oppressés. Cette mise en scène ultra-réaliste est plus efficace que tous les grands discours sur le respect des droits de l'homme et de la dignité des prisonniers.

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         Comme dans les années 60, "The Brig" entame sa tournée européenne par l' "Akademie der Künste" à Berlin, avant de se produire à Stuttgart, puis en Italie, et je l'espère en France.

Commentaires

Et quand va-t-on joué quelque chose montrant la vrai face des camps nazis? Des fils barbelés, tout autour mais aussi autour de chaque partie.

Dans le journal de Sidonie, elle ne parle de la vie d'un camp pourtant d'exception, puisqu'on n'a pas tué aussitôt les vieux, comme elle, ni les enfants, comme ses petits enfants. Mais ils perdaient l'espoir de jour en jour.

J'avais entendu, tout suite après la guerre les récits de celles qui ont échappé avec leur vie "mais je n'ai pas eu le courage à m'arrêter quand j'ai vu maman dirigé vers l'autre fil", "les kapo était encore pire" etc.

Et oui, certains, sont échappés, revenus, mais si peu entre eux! En prison aussi, souvent les détenus entre eux sont pire que les gardiens, on oublie le dire dans cette pièce il parait.

Ecrit par : julie70 | 11 mai 2008

Bon résumé de cette pièce boulversante et en mémoire pour longtemps

Ecrit par : Pierrette | 19 juin 2008

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