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12 mai 2008

Souvenir d'un miracle


        Mise en scène épurée et décors quasi-inexistants donnent encore plus de relief au texte de George Tabori (1914-2007), actuellement à l'affiche du Renaissance Theater. Dans « Le courage de ma mère » (« Mutters Courage »), le dramaturge juif hongrois raconte, avec détachement et humour, l’arrestation de sa mère et sa déportation vers Auschwitz, où elle n’arrivera jamais, sauvée miraculeusement par un officier allemand.

        Un grand cahier à la main, George Tabori entre en scène. L’écrivain et scénariste, interprété par le jeune Markus Gertken, prépare le récit de l’incroyable dénouement de la déportation de sa mère. Celle-ci, interprétée avec beaucoup de retenue par Nicole Heesters, entre à son tour, vêtue de noir. Dans la salle du Renaissance Theater, les lumières restent allumées. Le public joue également son rôle. George Tabori s’adresse à lui directement, lui explique son projet d’écriture et raconte les faits.

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 Markus Gertken et Nicole Heesters

au Renaissance Theater

       
        Budapest. Un beau matin de l'été 1944, Madame Tabori est arrêtée par deux nazis alors qu'elle se rend chez sa sœur. Elle est emmenée à la gare. Les deux nazis ne peuvent prendre le même train qu'elle. Naïve, elle ne saisit pas cette occasion pour fuir et les attend à la station suivante. Elle se retrouve entassée dans un convoi avec 4 030 autres Juifs. Direction : Auschwitz. George Tabori s'attarde sur le voyage, l'entassement des gens dans un wagon à bestiaux, la difficulté à respirer, la promiscuité des corps, l'étreinte de certains, comme réflexe de survie.


        Arrêt à la frontière polonaise. Candide, Madame Tabori réalise cependant ce qui l'attend au bout du voyage. Avec culot, elle assure à l'officier allemand qui recense les prisonniers, qu'elle est titulaire d'un passeport de la Croix-Rouge, égaré. Séduit par la beauté de ses yeux, il fait semblant de la croire et la retire du convoi, dont elle sera la seule survivante. Retour en train à Budapest en première classe avec l'officier. Celui-ci lui explique qu'il devra la présenter aux autorités. Arrivé à destination, il s'absente délibérément de longues minutes afin de la laisser fuir.

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George Tabori


        C’est avec recul et même humour que Tabori aborde cet épisode biographique incroyable écrit des années après l’Holocauste. Le décor spartiate (deux chaises sur fond noir et sol de neige) souligne à la fois la gravité du sujet et la pudeur du texte. Cette scène presque vide doit également faire ressortir l'amour et la complicité de la mère et du fils, très protecteur et compréhensif. Néanmoins, les comédiens manquent un peu de naturel dans leurs gestes d'affection. Quant au choix d'une musique dramatisante aux moments où Madame Tabori joue sa vie, il est inutile.

        Quand la seconde guerre mondiale éclate, George Tabori part comme correspondant étranger en Bulgarie et en Turquie, avant de s’engager dans l’armée britannique. Ses parents restent en Hongrie. Les Juifs, relativement épargnés jusqu’en 1944, sont ensuite massivement déportés. L’auteur perd son père et une grande partie de sa famille à Auschwitz. A travers cette pièce biographique, George Tabori aborde l’histoire de la Shoah, qui est aussi celle de la mémoire, de sa transmission et de son interprétation. Ces thèmes sont récurrents dans son oeuvre. Longtemps exilé à Hollywood, où il travaille comme scénariste aux côtés notamment d’Alfred Hitchcock et de Bertolt Brecht, George Tabori revient à Berlin en 1970, où il finira ses jours.

Commentaires

Cette histoire me prend à la gorge, tu as lu le journal de Sidonie? je suppose, peut être, sinon, peut être c'est le temps le faire.

Elle aussi est partie de Budapest en espérant vers Israel, en fait à Bergen Belsen (mais leur train aurait pu attérir à Auschwitz si mon oncle ne s'était pas retourné à Budapest probablement pour avertir)

Eh oui, il y eu beaucoup des hommes restés hommes, pendant cette période aussi. J'avais entendu des récit divers relatif à cela après la guerre, raconté par quelques survivants.

Ecrit par : julie70 | 30 juin 2008

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