15 avril 2008
Allemands et Juifs, liens indéfectibles
Alors que la chorégraphe allemande Sasha Waltz répète le spectacle qu'elle présentera à Tel Aviv en juin, Berlin vient d'applaudir sa consoeur israélienne Yasmeen Godder. Cette jeune chorégraphe, déjà primée, se produisait dans le cadre de rencontres artistiques organisées pour les 60 ans d'Israël.
Ces initiatives de rapprochement entre Allemagne et Israël ne résultent pas d'initiatives individuelles d'artistes, mais bien d'une volonté politique. Soixante ans après l'Holocauste et la mort de 6 millions de Juifs, Allemagne et Israël construisent et revendiquent leur amitié.
Angela Merkel, en visite en Israel 3 jours en mars dernier, a été le premier chef d'Etat allemand à être reçu par la Knesset. L'immense majorité des parlementaires l'a ovationnée après son discours, en hébreu et allemand. « Nous autres, Allemands, la Shoah nous emplit de honte. Je m'incline devant ses victimes, ses survivants et ceux qui les ont aidés à survivre », a déclaré la chancelière. Avant d'affirmer que son pays « n'abandonnera jamais Israël et demeurera son partenaire et réel ami. »
Berlin, Oranienburger Strasse, "Neue Synagogue"
L'Allemagne est aujourd'hui le deuxième partenaire économique d'Israël, juste derrière les Etats-Unis, et la première destination européenne des Juifs émigrants. Après la chute de l'URSS, beaucoup de Juifs des pays de l'ex-Union soviétique ont émigré pour des raisons économiques en Allemagne, qui a mis en place des conditions d'accueil et de séjour privilégiées pour les Juifs. « La communauté juive d'Allemagne est la troisième d'Europe à présent », affirme Olivier Guez, journaliste et auteur d'un ouvrage sur le sujet (1). Elle est en effet passée en quelques années de 30 000 à 100 000 membres. Mais en comptait plus de 500 000 avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler.
Berlin est, avec 12 000 fidèles, la première communauté juive de la République fédérale. On y compte dix synagogues - dont la dernière, restaurée, a ouvert ses portes il y a quelques mois -, mais aussi des écoles, des magasins kasher, des lieux culturels, des centres d'aide sociale et de soins.
Cette renaissance des liens sociaux et économiques entre les deux communautés a été possible grâce à un très gros travail sur la mémoire. L'Allemagne n'a pas occulté son passé. A Berlin, les traces de la Shoah font partie intégrante de la ville. Les plus visibles sont le musée juif à l'interpellante façade, mais aussi le mémorial de la Shoah, labyrinthe de 2700 blocs de béton construit en 2005 à deux pas de la porte de Brandenburg. Un plus discret mémorial a été sculpté Grosse Hamburger Strasse, ancien quartier juif de Berlin. A l'Ouest de la capitale, une liste des camps d'extermination nazis se dresse sur la Wittenberg Platz.
Mémorial de la Shoah, Hannah Arendt Strasse
Ce travail de mémoire est long et suscite encore des débats. Le 12 avril dernier est arrivé à Berlin le « train de la mémoire » et son exposition itinérante sur la déportation par voies ferrées de milliers d’enfants et d’adolescents. Le convoi n'a pas été autorisé par la Deutsche Bahn à s'arrêter dans la gare centrale de Berlin. La compagnie ferriviaire, qui a proposé la gare de Grünewald, elle-même lieu de mémoire de la déportation, a justifié sa décision par les difficultés logistiques que créerait une telle exposition dans la plus grande gare d'Europe. Ce refus a soulevé nombre de critiques. Pour beaucoup, la Deutsche Bahn craint d’introduire dans l’opinion publique, l’idée qu'elle serait l’héritière de la Reichsbahn, la compagnie au service des nazis, ouvrant la voie à d’innombrables procès en responsabilité.
« Allemands et Israéliens sont et seront toujours liés d'une manière particulière par la mémoire de la Shoah », affirmait Angela Merkel le 18 mars dernier devant la Knesset.
(1) Olivier Guez, « L'impossible retour, Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 », Flammarion, 2007.
17:56 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10 avril 2008
Unbeschränkt zu genießen
Zwischen Weingummis, Schokoriegel und sonstige Naschwerke gedrückt, steht es da. Es ist ganz gelb. Eben und klein. 15 x 10 cm. Ein Buch. Ein Buch, das in einem Automaten am Berliner Bahnhof Gesundbrunnen verkauft wird. Nicht teuerer als ein Marmorkuchen. Ein Euro. Der Automat verschluckt die Münze und lässt das Heft fallen. « Vor dem Gericht » von Irsi Hanika. Dieses Theaterstück von 15 Seiten ist die 72ste Geschichte der Sammlung « Schöner Lesen », die bei SuKuLTuR veröffentlicht wurde.
Seit 5 Jahren bietet dieser kleine und unabhängige Verlag Bücher über Automaten an. Die Idee dazu entstand im Jahr 2003. Der Herausgeber, Marc Degens, suchte einen Absatzmarkt für eine Reihe, die Erzählungen, Gedichte und kurze Theaterstücke von relativ unbekannten Autoren veröffentlichen sollte. Deswegen hat es der Verlag im normalen Buchhandel naturgemäß sehr schwer.
Die Idee ist originell, aber nicht wirklich neu, sagt Marc Degens. Zum Beispiel hatte der Reclam Verlag von 1912 bis 1940 eigene Heftautomaten.
Seit 2004 hat SuKuLTuR verschiedene Orte erprobt: Jugendhotels, Kantinen und auch eine Kaserne. Das lief nicht so gut, weil der Verlag eher auf wechselnden Kundenverkehr angewiesen war. Ideal wären wahrscheinlich Bahnhöfe.
Heute arbeitet SuKuLTuR mit zwei Automaten-Firmen. Allein in Berlin hat er seit 2004 « etwa 40 000 » kleine gelbe Bücher verkauft. Im Durchschnitt bringt der Verlag jeden Monat ein neues Leseheft heraus. Mit diesem « gewinnträchtigen Handel » können die Nascher neue Autoren entdecken. Danach können sie auch andere Titel von SuKuLTuR in Buchhandel finden.
11:00 Publié dans Deutsche Fassung | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07 avril 2008
La tornade Sasha Waltz
Les planches de la scène de la Schaubühne viennent de vivre quatre jours éprouvants. Arrachées, jetées, ré-assemblées, elles ont craqué sous les pas et les doigts des 16 danseurs de la compagnie « Sasha Waltz & guests », qui interprétaient « Gezeiten » (« Marées »). Cette création, conçue en 2002 par la danseuse et chorégraphe allemande Sasha Waltz , prend à bras le corps les souffrances et séquelles provoquées par des catastrophes, naturelles ou humaines.
La chorégraphie est construite en trois parties. Dans la première, avant le cataclysme, hommes et femmes vivent en harmonie. Toujours en couples ou en groupes, les danseurs évoluent dans des assemblages très travaillés et harmonieux. Sasha Waltz joue sur la symétrie des mouvements, des corps, l'alternance des rythmes.
Beaucoup de portés, de gestes protecteurs, mais aussi de tourbillons et de jetés. Cependant le collectif finit toujours pas se réunir. Les scènes où les 16 danseurs évoluent à l'unisson sont sublimes. Ils ne forment alors plus qu'un grand corps, marchant d'un même pas, s'asseyant d'un même geste.
Un vacarme soudain et assourdissant rompt cet équilibre. Bombardements, sifflements, craquements, tornades... Difficile de mettre un nom sur le ravage qui survient et bouleverse tout. Une nouvelle ère s'ouvre. A huis clos. Les 16 personnages, barricadés dans une pièce unique, presque insalubre, pour se protéger d'une menace extérieure, doivent faire face à l'angoisse, l'attente, la pénurie, la mort.
Contrairement à la première, cette seconde partie n'est pas uniquement dansée. Le jeu et les accessoires – table, chaises, lit, vivres, tubes - apparaissent. Pour souligner la précarité de la vie et la fin de l'harmonie collective. Face à la peur de la contamination, c'est l'immobilisme et le repli sur soi qui prennent le dessus. Le malade, dans une très belle danse, saccadée par la douleur et le rejet des autres, échoue seul. Sasha Waltz met également en scène des moments plus légers, où la joie renaît, l'entraide s'organise.
Mais personne ne sort indemne de cette épreuve. La catastrophe a marqué les corps et les esprits, jusqu'à la folie. Le troisième temps de Gezeiten relève davantage du théâtre d'objets que de la danse. Désarticulé, désarçonné, chacun des personnages tente de se reconstruire seul. Sans repère. Accessoires inutiles, gestes absurdes, vains. Briques empilées contre toute logique. Bouts de bois enfilés dans les vêtements comme autant de prothèses. Gestes bestiaux. L'absurdité des situations en devient parfois comique.
Le musicien soliste qui accompagnait la chorégraphie depuis le début avec des Suites pour violoncelle de Bach laisse alors sa place à des bruitages : froissement de papiers, déchirement de tissus, entrechoquement de cailloux... Le chaos gagne. La scène est désossée presque entièrement. Au final, trois corps, emmaillotés telles des momies, tentent encore de vivre et de danser, au milieu d'un amas de planches et de sable.
Déconcertante et pessimiste, cette pièce n'en dégage pas moins une très grande énergie. Evoluant progressivement de la danse vers le théâtre, « Gezeiten » provoque beaucoup d'émotions et de réflexions. Le nombre élevé de danseurs, presque toujours ensemble sur scène dans les deuxième et troisième parties, crée un spectacle en perpétuel mouvement. Le décor se transforme de minute en minute, dans un tourbillon incessant.
La force de la pièce repose en grande partie sur l'unité et la synchronisation parfaite de cette troupe de danseurs. Unité créée par la manière de travailler de la chorégraphe allemande. Le nom qu'elle a donné à sa compagnie fondée en 1993, « Sasha Waltz & Guests », est révélateur de sa façon de concevoir un spectacle. L'ensemble de la troupe est associée au processus de création.
« Gezeiten » est d'ailleurs une production de la Schaubühne, théâtre que Sasha Waltz, 45 ans, a codirigé de 1999 à 2004. Restée à Berlin, elle a depuis reconverti une ancienne usine hydraulique en nouveau lieu de création, le Radialsystem V, qui associe théâtre, danse et musique. Elle vient d'y jouer une de ses premières créations, « Travelogue I -Twenty to eight », qui débarque à Paris, au Théâtre de la Ville, en mai prochain (du 20 au 24).
(Photos Jorg Metzner)
10:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note








