01 avril 2008

A dévorer sans modération

Coincé entre les paquets de madeleines, de gâteaux, de chips et autres trucs à grignoter, il se tient bien droit. Entièrement jaune. Plat et petit. 15 x 11 cm. Un livre. Un livre est vendu dans les distributeurs automatiques de la gare berlinoise Gesundbrunnen. Pas plus cher qu'un Coca ou qu'un Mars. Un euro. Et l'immuable mécanisme se déclenche. La machine avale la pièce et libère l'insolite objet, qui glisse le long de la paroi vitrée. Pas de « Bonk » à l'arrivée. Il est trop léger. Un livre. Il s'agit bien d'un livre. Une nouvelle de 15 petites pages. La 72ème de la collection « Schöner Lesen » (« bonnes lectures ») éditée par SuKuLTuR.

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Cela fait maintenant 4 ans que cette petite maison indépendante commercialise sa collection de mini livres via des distributeurs. Et uniquement par ce biais. L'idée a germé en 2003. Il s'agissait de trouver une alternative aux canaux traditionnels de vente, difficiles d'accès pour les récits, poèmes et courtes pièces de théâtre d'auteurs méconnus que publie SuKuLTuR.

Originale, l'idée ne serait pourtant pas nouvelle, assurent leurs concepteurs. En 1912, la maison d'édition allemande Reclam distribuait déjà ses séries dans des automates, et ce jusqu'en 1940. SuKuLTuR a testé plusieurs lieux de diffusion. Auberges de jeunesse, cantines et casernes. L'idée plaît, mais il faut un lieu où les clients se renouvellent. Les gares s'imposent.
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Outre l'effet de surprise, la commercialisation en distributeurs présente d'autres atouts : « une TVA plus faible » et une période d'exposition en tête de gondole plus longue ! D'autant que la maison d'édition bénéficie d'une « situation de monopole » depuis le lancement du projet, en 2004. De plus, l'initiative « ne heurte pas les libraires », pour qui ce circuit de distribution est « plus complémentaire que concurrentiel», assurait Marc Degens, éditeur et co-fondateur de SuKuLTuR, après quelques mois de commercialisation.

« Le plus dur fut de concevoir un papier qui résiste à l'air réfrigéré des machines ! », s'amuse Marc Degens. Et ce dans des coûts de fabrication modiques. Aujourd'hui, SuKuLTuR travaille avec deux gérants de distributeurs automatiques. Rien que dans Berlin, « quelque 40 000 » petits livres jaunes ont été vendus à ce jour. La collection publie en moyenne un titre par mois. Un commerce « rentable », selon Marc Degens, qui permet aux usagers des transports en commun de découvrir, à faible coût, des auteurs et une maison d'édition, dont ils pourront retrouver d'autres ouvrages en librairies.

21 mars 2008

JR , von Mauer zu Mauer

 

Sie sind immer da. Sie werden bei dem Regen abgenutzt. Aber ihr Lächeln ist das gleiche. Die gewaltigen lachenden Gesichter, die seit September 2007 an den Wänden einiger Berliner Gebäude ausgestellt werden, sind ein Kunstwerk von JR, 25 Jahre, anonymer und berühmter Fotograf.
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Er fotografiert unbekannte Modelle und klebt seine Plakate an den Mauern mit oder ohne Erlaubnis. Deswegen zieht er vor, unbekannt zu bleiben, um die Anklage vor dem Gericht zu vermeiden.

JR wurde auf einen Schlag berühmt geworden. Am März 2007. Am Morgen wachten 8 israelische und palästinensische Städte mit sehr grossen Fotos an ihren Häusern auf. Und auch an den zwei Seiten der « Trennungsmauer », die von Israel gebaut wurde. Die drei berühmsteten Gesichter dieser unerlaubten Ausstellung gehören einem islamischen Geistlichen, einem Priester und einem Rabbi. Darum gab es auch viele lustige Gesichter von unbekannten Menschen. Wer kommt aus Israel ? Wer kommt aus den Palästinensergebieten ? Unmöglich zu sagen.

 

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Trennungsmauer, auf der israelischen Seite (Jerusalem)

 

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Trennungsmauer, auf der palästinensischen Seite (Bethleem)

 

Diese friedliche Meldung erregte Aufsehen. Die Ausstellung, die « Face2Face » heisst, beginnt eine Weltreise : Venedig, Paris, Arles, Amsterdam, Berlin... In dieser Stadt, die lange das Symbol der Trennung der Welt in zwei Teile war, ist der Ort der Ausstellung eindeutig. Die Plakate wurden auf die Gebäude, die an der ehemaligen Mauer entlang standen, geklebt. In dem Checkpoint-Charlie-Bezirk.

In Berlin hat JR einen Rekord verzeichnet : die Fotos messen 40 Meter x 25 Meter. In der Hauptstadt hatte der Künstler keine Schwierigkeit, eine Erlaubnis vom Amt zu bekommen. « Hausbesitzer reißen sich darum, ihre freien Wände zur Verfügung zu stellen », beobachtete der «Berliner Morgenspost» einige Tage vor der Vernissage, am 28.September 2007

 

 

Dann ist der Fotograf nach Afrika geflogen. Für ein neues Projekt : « Die Frauen sind Heldinnen ». Er fotografiert Leiden und Hoffnungen von Frauen, die in Staaten im Krieg leben. Plakate werden schon in Sierra Leone und Liberia ausgestellt. Das Projekt soll jetzt in Indien und Asien durchgeführt werden.

JR benutzt immer die selbe Technik. Er fotografiert mit einer Kamera mit Weitwinkel (28 mm). So muss er sehr in der Nähe von seinem Modell arbeiten. So muss er sein Vertrauen besitzen. Im Gegenteil zu den Fotografen, die mit einer Kleinbild-Kamera für Zeitschriften arbeiten. JR benutzt auch immer Fotos in Schwarz und Weiss, im Gegensatz zu den farben Werbeplakaten.

 

 

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Sierra Leone
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Liberia (Monrovia)

 

19 mars 2008

JR , le passe-muraille

 

Elles sont toujours là. Un peu déchirées et délavées par les intempéries. Mais leur sourire est intact. Les immenses bouilles rigolardes qui s'exposent depuis septembre 2007 sur des immeubles berlinois, près de Checkpoint Charlie, sont l'oeuvre de JR, 25 ans, photographe célèbre et sans visage.
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Sa réputation d'artiste doué et engagé, il l'a construite dans l'anonymat et la clandestinité. Ses modèles sont de simples gens. Ses lieux d'exposition, des espaces urbains, où il colle ses photos de nuit et le plus souvent sans autorisation.

Sa renommée est devenue internationale d'un coup, en mars 2007. Un matin, 8 villes israéliennes et palestiniennes se réveillent avec leurs murs ornés des mêmes grands visages hilares. Ces portraits recouvrent aussi le mur de séparation construit par Israël. Trio le plus connu de cette exposition sauvage : un imam, un prêtre, un rabbin. Autour de ces figures religieuses, d'autres figures. Laïques, joyeuses, malicieuses. Qui est Israélien? Qui est Palestinien? Impossible à dire.

 

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Mur de séparation, côté israélien (Jérusalem)

 

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Mur de séparation, côté palestinien (Bethléem)

 

Ce message de paix connaît un grand retentissement. Le projet, intitulé « Face2Face », commence alors un tour du monde. Venise, Paris, Amsterdam, Arles, Berlin... Dans cette ville, longtemps symbole de la séparation du monde en deux blocs, le choix du lieu d'affichage s'impose de lui-même. Visages israéliens et palestiniens recouvrent des façades situées le long de l'ancien mur de Berlin.

C'est même dans la capitale allemande que JR affirme avoir réalisé son record de dimensions : 40 mètres sur 25. Cette immensité donne de l'importance aux anonymes. Leurs visages se repèrent de loin et interpellent un public autre que celui des musées.

Telles les affiches publicitaires, les portraits sont collés sur les murs avec de grands balais-brosses. Avec ou sans autorisation. C'est pourquoi JR tient à conserver son anonymat. Il lui permet d'éviter des plaintes et de gagner du temps en cas de procédures judiciaires. A Berlin, il n'a eu aucun mal à obtenir le feu vert des autorités. « Les propriétaires d'immeubles se bousculent pour proposer leurs façades », s'amusait le quotidien «Berliner Morgenspost» quelques jours avant le vernissage, le 28 septembre 2007.

 

Peu de temps après, le photographe français s'est envolé en Afrique, pour y réaliser un nouveau projet, intitulé « Les femmes sont des héroïnes ». Il témoigne des souffrances et des espoirs de femmes, qui vivent dans des pays en conflits. Ses photos géantes sont déjà affichées en Sierra Leone et au Libéria. En 2008 et 2009, ce projet devrait être décliné en Asie et en Inde.

La technique du photographe est toujours la même : utiliser un objectif grand angle (28 mm), qui l'oblige à se situer très près de son modèle. Et donc à prendre le temps de gagner sa confiance. Et travailler ainsi « à l’inverse du photojournaliste qui va voler une image avec un téléobjectif ». Autre constante : l'utilisation du noir et blanc, « pour créer une différence avec l'agression publicitaire en couleur ». Quant au choix des supports, ils s'adapte aux paysages.

 

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Sierra Leone
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Liberia (Monrovia)